Le Burlesque

Burlesque, vous avez dit burlesque ? Comme c’est burlesque ! Mais que se cache réellement derrière ce mot ? La parole est aux artistes !

 

Juliette Dragon

Initialement, BURLESQUE vient du latin BURLA = La Farce. C’est aujourd’hui de s’effeuiller en gardant donc une part de second degré et d’auto-dérision. Je pense que le burlesque trop sérieux n’en est pas.

A mon sens, c’est un merveilleux médium d’expression artistique illimité. Une sorte d’ Art Total populaire qui mêle danse et théâtre ainsi que toutes les épices qu’on a envie d’y ajouter : cirque, acrobaties, chant, magie … On peut tout faire, tout exprimer avec peu de moyens. C’est très riche à condition d’être créative bien entendu !

J’ai commencé la scène en 1993 avec des artistes de cabaret transformistes. J’étais la seule fille sis et ce sont eux qui m’ont appris à jouer les icônes féminines en tous genres en tant que drag queen. Très vite j’ai collaboré également avec des artistes de cirque et j’ai intégré jonglerie et pyrotechnie. C’est alors tout naturellement que j’ai du stripper mes costumes pour ne pas les brûler. J’appelais ça faire du cabaret. Des amis revenus de Californie m’ont dit que je faisais du Burlesque car ils avaient rencontré la troupe du Velvet Hammer – dont j’ignorais l’existence – et ils voyaient de nombreux points communs entre nos styles. Je me suis renseignée et en effet : nous faisions la même chose ! J’ai vraiment eu l’impression de faire la connaissance de sœurs lorsqu’on m’a présenté une partie de la troupe à Nantes en 2002 !!

Je crois que faire du Burlesque est vraiment la meilleure art thérapie imaginable pour accepter sa féminité et son corps de femme. J’enseigne le Burlesque depuis 2008 en France, en Europe, en Australie et désormais en Chine et aux Etats-Unis et je peux témoigner que toutes les femmes ont les mêmes complexes à la con que le Burlesque gomme en quelques heures à peine ! Quelle joie ! Quelle jubilation de les voir toutes se lâcher !!

11-IMG_0219Crédit photo : Christophe Luxereau

 

Nini Lapointure

Pour commencer qui dit burlesque ne dit pas forcément effeuillage. À l’origine, le burlesque est un genre littéraire satyrique puis du théâtre ou du cinéma comique. C’est finalement des dimensions que l’on peut retrouver dans le néo-burlesque (l’effeuillage burlesque actuel). On distingue les numéros dits classiques ou glamour (type Dita Von Tease) où les beaux costumes et la séduction sont le cœur de la performance du néo-burlesque qui raconte une histoire, fait passer un message : c’est cette deuxième catégorie qui définit le burlesque pour moi, ma vision personnelle de cet art et ce que j’enseigne chez Toulouse Burlesque Lab, 1e école de burlesque toulousaine, en binôme avec Jolly Molly.
L’accent est mis sur le prétexte à s’effeuiller et la transmission d’émotions et ce style permet d’être aussi bien dans un registre de séduction ou d’humour que d’horreur, de poésie ou même de politique. Cela n’empêche évidemment pas de kiffer les paillettes et d’en utiliser à foison 😉

Le burlesque et l’effeuillage sont pour moi un merveilleux moyen d’expression permettant de conjuguer différentes compétences artistiques (chant, danse, théâtre, confection de costumes et d’accessoires, montage musical…) et de se réapproprier son corps.
Une personne qui s’effeuille est un individu qui, quelque soit sa corpulence, son genre, son âge, ses origines, ses convictions, son milieu social, utilise son corps comme un outil pour divertir, faire rêver ou réfléchir les gens. Je trouve ça fabuleux et nécessaire.

Fin 2011, je cherchais des dates en tant que chanteuse quand on m’a mise en contact avec une troupe burlesque, Les Diabolesques. Au moment de la rencontre, je ne connaissais rien de l’effeuillage et croyais que le spectacle burlesque auquel on me proposait de participer se rapprochait de Laurel et Hardy. Riche de 20 ans de danse, 8 ans de conservatoire et d’une bonne expérience scénique, j’étais très à l’aise avec les spectacles à cette époque mais je n’avais jamais envisagé de montrer mon corps en public. Le visionnage de quelques vidéos d’effeuillage burlesque (notamment Dirty Martini dont on attendait que je sois une version toulousaine un peu plus soft) a balayé la moindre réticence : j’y ai tout de suite vu le tremplin d’expression et de tolérance dont je parle plus haut. J’ai fait ma première scène burlesque en 2012, commencé à faire pas mal de dates en 2013 (notamment avec Les Belles et le Boylesque, le Bizarre Burlesque Band et en tant qu’artiste indépendante) et donné mes premiers cours fin 2014. TBL, l’école burlesque co-créée avec Jolly Molly, en est à sa 3e année de rires, d’effeuillages et de paillettes et nous avons encore de beaux projets, comme une nouvelle troupe toulousaine, L’Échappée Burlesque, qui a produit son premier spectacle « Once upon Burlesque » au cabaret Le Kalinka, jeudi 23 janvier 2020 !

Toute effeuilleuse, même expérimentée, peut avoir des petits accidents sur scène : un bas qui file, une fermeture qui coince…
En 7 ans d’effeuillage burlesque, il m’est arrivé tout plein d’aventures mais la plus cocasse, surtout au regard de mon nom de scène, Nini Lapointure, c’est de perdre une chaussure en plein numéro (ça m’est arrivé deux fois ^^’).

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Crédit photo : MaRoPhée

 

Mademoiselle Rouge Chérie

L’effeuillage burlesque est l’art de se dévêtir en surprenant le public.

Le Burlesque représente un moyen d’expression riche, je décide du personnage, de la femme que je souhaite incarner. À travers mes numéros, j’exploite différentes facettes de ma féminité.

Pour moi s’exprimer à travers des activités artistiques est un besoin vital.
J’ai trouvé dans cet art un mélange de tout ce que j’aime et souhaite exprimer. Cet art offre une telle liberté de création.

A travers, les cours que je dispense, l’effeuillage burlesque permet aussi de s’accepter et de lâcher prise. Car c’est nous qui menons la danse, qui amenons l’autre dans notre univers. Il y en a pour tous les goûts, les femmes fatales, les femmes drôles, les femmes glamour, les femmes poètes, les danseuses, les non danseuses. Et cet art est ouvert à toutes les femmes.

Je suis venue au Burlesque assez naturellement, j’ai toujours imaginé des chorégraphies, des histoires tout en dansant, en jouant la comédie.
Un jour j’ai vu un workshop d’effeuillage burlesque. On en a parlé avec mon amie Swanny Stilleto. Et elle m’a offert un cours pour mon anniversaire.
Je me suis perfectionné auprès d’artistes, jusqu’à créer mes numéros, mon association Burlesque Glamour et Paillettes en tant que co-présidente avec Swanny Stilleto, et également fonder la troupe Les Sugar Beet’ies, toujours avec mon amie Swanny Stilleto.

J’ai eu la chance de partager la scène avec deux sublimes artistes lors de mes débuts, Mara de nudée et Sucre d’orge, lors du Festivart à Amiens. Plus qu’une anecdote c’est un merveilleux souvenir. Elles font partie de mes artistes Coup de cœur. Alors ce jour-là c’était incroyable.
Sans oublier toutes les merveilleuses rencontres que j’ai faite, Maud’amour, Mamzelle Viviane, Miss Glitter Painkiller, etc.

IMG_20191202_173345Crédit photo : les Augustins

 

Ginger Marilyn

Le terme Burlesque est très large, il parle aussi bien de théâtre, de danse, d’époque, de style vestimentaire… j’en aurais bien pour des jours pour donner mon point de vue sur ce qu’est pour moi la définition pour chaque terme.

Je fais régulièrement des spectacles d’improvisation théâtrale où je m’amuse beaucoup à jouer des personnages très burlesques, c’est un réel amusement, pour l’effeuillage, le burlesque représente des codes et donc des limites à dépasser. Le terme burlesque en danse me paraît très classique, je dirais que je fais plutôt du néo burlesque pour ma part.

C’était pour moi un aboutissement dans le travail que j’ai pu faire avec le rapport à mon corps, c’était aussi une suite qui m’a semblé logique après 5 ans d’improvisation, j’avais cette envie de pouvoir présenter des spectacles plus travaillés en amont en terme de scénario, de costume, d’ambiance…

Pour anecdote, j’ai sérieusement cru mettre le feu dans un cabaret qui s’appelle le Kalinka à Toulouse pour mon tout premier numéro d’effeuillage, sur scène j’ai arraché mon tee-shirt que j’ai lancé ensuite dans le public… sur une bougie. En retournant dans les coulisses, j’entends alors une collègue dire « feu ! », pour en fait faire signe de se dépêcher à une autre danseuse…

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Crédit photo : Thierry Jehenne

 

Florence Boué

Effeuillage ? Vous avez dit effeuillage ?

Quand on parle d’effeuillage, on pense souvent au strip-tease. Pourtant, c’est d’abord une discipline qui permet de booster sa confiance en soi et de développer sa féminité.

Il s’agit d’une démarche artistique qui consiste à mettre en scène l’art de se déshabiller, de façon glamour, et avec humour, la plupart du temps.

Pour beaucoup de femmes, l’effeuillage agit comme une vraie thérapie, qui les aide à surmonter leurs difficultés personnelles, à s’accepter, à rayonner.
Pour moi, cela a été une révélation.
J’y suis arrivée par hasard après avoir participé à un casting de pin-up sans savoir que je serai l’effeuilleuse.
Mon moteur est le retour du public : les rires, les cris ou les applaudissements.

On peut pleurer, également… mais on sait qu’au final, on est là pour découvrir la meilleure version de soi-même.

L’effeuillage, c’est :
– jouer/se jouer des codes de la féminité
– apprivoiser ses chaussures à talons,
– être sexy avec une chaise (si, si, c’est possible)
– se mettre en valeur par le costume, les accessoires, le maquillage, la coiffure…
– prendre conscience de son schéma corporel, de son corps
– se reconnecter avec lui, le déplacer dans l’espace
– lâcher prise…

Et comment fait-on ça, concrètement ?
PAR LE JEU ! Et tout un tas d’autres outils empruntés aux diverses disciplines artistiques telles que la musique, le théâtre et la danse, pour ne citer qu’elles.

Une anecdote : mon 1er effeuillage.
Un effeuillage dont je me souviendrai à jamais.
Je m’effeuille et quand je veux rentrer en backstage on me demande de revenir sur scène pour gagner du temps.
Sauf que j’avais déjà tout enlevé.
Alors j’ai choisi un homme dans le public et je l’ai déshabillé.
Heureusement il a été génial et m’a permis de gagner du temps sans que personne s’en aperçoive.

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Crédit photo : Melissa Royer

 

Jolly Molly

Je vais tenter de définir ma vision du burlesque en commençant par ce qu’il n’est pas. L’effeuillage burlesque n’est pas là pour exciter l’assistance, cela va au-delà du strip-tease et de la personne super canon avec un beau costume qui brille de mille feux. Pour moi le burlesque c’est mettre de soi sur scène, raconter une histoire, drôle, triste, revendicatrice, etc. Donc si vous êtes glamour ou décalé.e peu importe. L’idée c’est d’embarquer le public dans un univers personnel, faire preuve d’originalité. Le fait de s’effeuiller est presque accessoire. Du moins l’effeuillage est toujours au service d’une histoire dans ma vision du burlesque.

Le burlesque, c’est la liberté ! De créer à l’infini, de faire mes costumes, mes montages son, d’exprimer ce qui me plaît sur scène, que ce soit une simple chasse aux bisous drôle et glamour ou alors raconter ce qui se passe dans la tête de quelqu’un qui ne dort pas depuis des semaines (deux numéros avec deux ambiances très différentes…).
La liberté d’être soi et donc l’acceptation. Parce que ce qu’il y a de magique dans le burlesque c’est que tout le monde y est accepté.e tel qu’il est : petit.e, grand.e, jeune, âgé.e, mince ou rond.e.
Montrer tous les corps, les faire s’exprimer librement, ne pas en avoir honte et ne pas forcément sexualiser le fait de retirer ses vêtements.

J’avais déjà fait de la scène auparavant, je suis également chanteuse, j’ai fait du théâtre, des comédies musicales, du café-théâtre. Sauf que j’avais mis tout ça de côté, durant 15 ans, pour devenir vendeuse (quelle idée saugrenue…), épouse et maman. Et lorsque durant une visite dans un magasin de lingerie j’ai vu une annonce qui proposait un stage de burlesque dans le même magasin quelques jours plus tard je me suis inscrite immédiatement.
Ce stage m’a fait réaliser que la scène me manquait beaucoup trop pour ne pas sauter immédiatement sur l’occasion lorsque les deux profs du stage (Nini Lapointure et Leila Sweetplumpy) on proposé aux élèves de créer un numéro pour le gala de fin d’année qui se ferait au cabaret Le Kalinka. Je suis donc rentrée dans le monde du burlesque par des stages qui m’ont donné les techniques de base, puis je me suis lancée par moi-même.
Depuis, Nini Lapointure et moi-même sommes professeures au Toulouse Burlesque Lab, une association créée il y a deux ans et qui rentre dans sa 3ème année de cours cette année. Elle donne les cours de danse et d’effeuillage alors que je m’occupe des cours d’expression corporelle et des ateliers créatifs (cours de maquillage, création d’accessoires burlesques).
Le burlesque m’a permis de développer à nouveau ma vie d’artiste. Quelques très beaux projets sont en préparation !

Des anecdotes, j’en ai des dizaines ! Laquelle choisir ? Celle où je me suis reçue une chaussure à talon dans le crâne en répétition ? Celle où sur la scène du festival burlesque je me suis pris une tonne de fumée dans les yeux et que je ne voyais plus où j’allais ? Celle où après le spectacle nous nous sommes faites traiter de salopes ? Il y en a beaucoup trop, des drôles… et des moins drôles ! Et c’est aussi la preuve qu’il faut savoir improviser en toute circonstance…
Je retiens surtout les sourires et les mercis après les spectacles, notamment une dame qui est venue me voir en me disant « c’est très utile ce que vous faites, je suis venue avec une collègue qui est aussi ronde que vous et vous lui avez fait beaucoup de bien parce que vous montrez que c’est possible, que nous sommes toutes belles ! ».

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Crédit photo : Facto Tom Photographie

 

Lou Savage

Pour moi, le burlesque c’est avant tout une façon de se créer un univers qui n’appartient qu’à soi ! La féminité oui, mais sans vulgarité et un accord parfait avec son corps peu importe sa morphologie. C’est aussi l’autodérision ! Sans tout ça pour moi ce n’est pas du burlesque.

LE burlesque représente tout ce que j’aime chez une femme, sa féminité son assurance son élégance et ses expressions aussi drôles que sexy et aussi les magnifiques costumes et plumes strass et paillettes qui rendent cet art vraiment unique ! Pour moi, le costume est tout aussi important que la chorégraphie ! C’est un tout ! Et je suis une Fan des nippies, si je pouvais j’aurais un dressing rempli de caches-tétons !!!
Pour finir cela représente l’acceptation de son corps. Quand on me dit burlesque, je vois une femme pulpeuse avec des talons, des caches-tétons, un serre-taille et des éventails de plumes ! Avec un rouge à lèvre d’enfer.

Depuis toute petite, je suis très attirée par le milieu du cabaret, du Moulin Rouge, du Crazy Horse, ect., en rêvant secrètement pouvoir un jour devenir danseuse dans un cabaret. Alors je regardais des vidéos avec émotion. Puis j’avais de plus en plus envie d’essayer. Un jour j’ai regardé le film Burlesque avec Christina Aguilera, certes ce n’est pas du vrai burlesque selon moi car aucun effeuillage, mais ça reste un film très sympathique qui donne beaucoup d’espoir aux rêveuses comme moi ! Alors j’ai contacté un ami photographe qui organisait une élection glamour avec sa femme, que je remercie tous les deux de m’avoir donné ma chance d’ailleurs. Je lui ai demandé si je pouvais danser pendant la soirée et il m’a dit oui ! J’étais aux anges et je me suis entraînée comme une folle !!!
Je n’ai jamais été aussi heureuse que pendant les shows ! Je m’extériorise vraiment et si vous voulez voir qui je suis vraiment, venez me voir danser !

Je ne suis pas une grande danseuse connue et je n’ai pas eu l’occasion de danser autant que je voulais, mais je suis profondément passionnée par cet univers. Comme beaucoup se doutent, c’est aussi un univers fermé à clé et à double tour… j’ai tenté ma chance en contactant des petits cabarets scènes ouvertes connues plus ou moins sur Paris et je n’avais jamais de réponses… j’étais vraiment déçue qu’on ne me laisse même pas une chance ! Mais Daisy du Wunder Kabarett, elle ! Elle est venue vers moi et m’a donné ma chance ! Et j’ai adoré danser dans ce petit cabaret c’était une de mes meilleures expériences !

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Crédit photo : Remy rolland

 

Yves Branger

Je suis photographe. Le Burlesque est pour moi un mélange entre le théâtre et la danse.
De part ses origines, le Burlesque est sensé être une moquerie de la société actuelle, aujourd’hui je pense qu’il est plus centré autour d’une performance artistique centrée sur de la féminité et de l’amusement.

Le Burlesque représente un moment de divertissement et l’occasion de découvrir l’interprétation d’un sujet sociétal par un artiste qui en a sa propre vision. J’y vois aussi l’occasion de faire de belles photos et vidéos grâce aux prestations artistiques et leur mise en valeur par des costumes d’exception.

Ma compagne étant danseuse Burlesque j’ai régulièrement occasion d’exercer la photo autour de ce thème. Une découverte qui me plaît chaque jour et m’amène à faire face à des situations qui ne se ressemblent jamais.

Mon Premier spectacle burlesque : Sydney, Australie, dans le quartier artistique, ma compagne et moi même étions au Mr. Falcon burlesque Show et pour le final du show une artiste arrive sur scène dans un costume assez déjanté et commence son acte, au fur et à mesure du show elle se dévêtit comme le veut la plupart des show Burlesques mais la grande surprise fût un strip tease intégral… L’anecdote ne s’arrête pas là puisque cette artiste continua son show en dessinant sur des feuilles blanches avec son sexe préalablement recouvert de peinture pour ensuite distribuer ces « œuvres » au public.
Beaucoup de rire et de surprise pour ce final et un message assez fort je pense.

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Crédit photo : Yves Branger

 

Alixia Busch

J’ai fait peu de spectacles de burlesque déjà à cause des contraintes horaires, j’ai des travaux sur ma ligne de train qui durent depuis 2014 et les spectacles en général finissent tard, de plus, ça paye souvent mal et me mouvoir sur des talons en temps réel, hors photo alors que j’ai des prothèses de jambes est compliqué.
Mais j’aime cette ambiance décalée, ces spectacles originaux avec des corps très divers et si expressifs.
C’est pour tout cela que j’aime bien le burlesque.
Je me souviens d’une époque, dans les lieux underground comme des squats artistiques ou bien aux Caves Saint Sabin ou à la Cantada, il n’était pas rare que le spectacle finisse en nu intégral, souvent les costumes étaient récupérés du med-fan, du steampunk ou des soirées goth.
Beaucoup de retape et d’originalité dans les créations, du respect, aussi.

Aujourd’hui le manque de moyens, de public et surtout la censure donnent un nouveau diapason.
Tétons découverts, c’est trop.
Cuisses écartées avec un boa couvrant la toison, c’est trop…
J’ai fait un spectacle de Saint-Valentin à Saint Georges sur l’Aa dans le cabaret de Juliette Gréco en 2017, j’avais pour consigne de faire un spectacle très enfiévré à cette occasion de célébrer l’amour, le samedi soir était principalement composé d’une clientèle d’hommes seuls et de couples jeunes.
Alors que l’instant d’avant, l’on me demandait de chauffer la salle, de faire… « bander » (?), le lendemain du spectacle, l’on me dit que c’était trop…
Les filles dans les « couples » justement apparemment n’avaient pas aimé.
Soit…
Le même spectacle le lendemain a tout de même gardé les tétons visibles, mais s’est orné d’un micro string pour éviter tout accident ou « faute de goût » pour certain(e)s.
Il y avait surtout des couples de personnes âgées et quand j’ai commencé à me trémousser sur « Oh, you touch my Tralala » de Gunther, ils se sont tous mis à frapper des mains et à se lever, endiablés, ces gens âgés.
Je n’ai pas ôté le string, mais j’aurais dû, je n’ai eu que des remerciements à la fin du spectacle !
Des gens vivants, si heureux…
L’organisateur en me raccompagnant était dans l’embarras.
Il comptait ramener des jeunes le samedi soir et ça a fait un flop, seule sa clientèle habituée de personnes âgées a aimé et en a redemandé…
Il avait besoin de se diversifier, de se renouveler…
Avec les intégristes et les féminazies qui font presse aujourd’hui, ce n’était peut-être pas la bonne idée…

Voilà, encore un métier qui se perd.

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Crédit photo : Glenn Ulrici

 

Didi Pattes de Velours

Je définirais l’effeuillage Burlesque comme l’art théâtralisé du strip-tease. Pour moi, c’est également une magnifique Ôde à la féminité et à la sensualité. Tantôt rétro (avec des inspirations années 20 et 30), tantôt glamour (à l’image des Pin-up des années 40-50), le Burlesque est aussi un art pluridisciplinaire (pouvant se mêler à la danse, la contorsion, la jonglerie, le mime, le chant, etc.), engagé, plein d’humour, de grâce et d’acceptation de soi.

L’effeuillage Burlesque a une place très particulière dans ma vie. Je pourrais dire que le Burlesque m’a sauvé ! Il est arrivé dans ma vie au moment où j’en avais besoin, où je me cherchais en tant que femme et en tant qu’individu dans la société. Aujourd’hui, ça fait partie intégrante de ma vie puisque je me suis lancée cette année en tant que danseuse et effeuilleuse burlesque professionnelle !

C’est un long chemin, en partie inconscient, qui m’a guidé petit à petit vers l’effeuillage Burlesque. Comme je le disais précédemment, « le Burlesque m’a sauvé!  » J’ai toujours rêvé de danser, de laisser s’exprimer ma féminité, sans jamais y arriver ni m’en laisser le droit. Complexée depuis l’enfance par mon corps et tous ses défauts, je me l’étais toujours interdit. Et puis un jour, au détour d’un cours d’initiation au Cabaret, j’ai rencontré Ophélie qui allait ouvrir son école de Burlesque quelques mois plus tard. Je crois qu’à ce moment-là, j’ai fait taire toutes ces petites voix parasites dans ma tête et je me suis lancée ! Trois ans plus tard, des dizaines d’heures de cours plus tard, des centaines d’heures de répètes et de création de costumes et de chorégraphies plus tard, je suis tellement heureuse que le Burlesque et toutes ses belles rencontres aient croisé ma route !

Avant de rentrer sur scène avec les copines (je fais notamment partie d’une troupe d’effeuillage Burlesque, le Fémini’Tease Burlesque Cie), nous avons comme tradition de nous toucher les fesses !!! Juste du bout des doigts, mais surtout sans oublier personne ^^ ! C’est notre manière à nous de nous dire « merde » et de nous souhaiter bonne chance pour le show à venir, et une bonne excuse pour resserrer les liens et rigoler un bon coup avant de monter sur scène.

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Crédit photo : Eden Concept

 

Ophélie Carré d’Ass

L’origine du burlesque se veut plutôt comique, issu de la farce et de la bouffonnerie… j’en retiens aujourd’hui le côté exagéré et extravagant. A cela a été ajouté la notion d’effeuillage, donc de strip-tease. Le strip c’est la technique à proprement parler pour ne pas s’emmêler dans son costume et ôter ses vêtements de façon travaillée ! Le tease c’est ce charme, ce côté séducteur, ce petit truc coquin et glamour qui fait toute la différence !
L’art de l’effeuillage burlesque serait donc l’art du strip-tease façon extravagante… l’idée étant de mettre en scène la femme/l’homme que l’on souhaite dans un scénario propre à chaque numéro ! Un numéro classique se voudra plutôt glamour et élégant à l’image des cabarets et dans l’exagération de la féminité, un numéro néo sera peut-être plus engagé, drôle, poétique, gore… tout est possible et tout est une question d’intention ! A chacun/chacune le droit d’être simplement… une facette de lui-même !

Le burlesque a un côté extrêmement libérateur qui me permet d’explorer ma féminité et toutes ses facettes ! J’ai un univers plutôt classique qui mélange la danse à la séduction à travers différents personnages. La découverte de cet art a été une véritable révélation pour moi car cela m’a permis de relier ma passion pour l’art avec mon envie de travailler dans le thérapeutique. Aujourd’hui je performe sur scène mais j’ai aussi ouvert le Cabinet Fémini’T où je permets aux femmes de renouer avec leur corps et leur féminité grâce à la danse, au burlesque et à différentes méthodes thérapeutiques. C’est une véritable vocation !!

Plusieurs chemins se sont croisés au même endroit au même moment… j’étais déjà danseuse et j’enseignais de temps en temps… on m’a demandé de donner un cours de strip-tease pour un EVJF… j’ai vu une émission à la télévision sur les bienfaits de l’effeuillage pour les femmes… je faisais des études de psycho et art-thérapie… je dansais dans un cabaret… j’ai donné un stage avec ce que je pensais être du burlesque, les filles ont adoré et cela a fait boule de neige… je suis devenue passionnée et toute ma vie s’est tournée autour de l’effeuillage !

Le plus amusant… c’est toujours de répondre à la question « et vous Madame… que faites-vous dans la vie ? »
Ce à quoi on nous dit souvent « et sinon votre vrai travail c’est quoi ? »

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Crédit photo : Bernard Bellaton

 

Perline Dubarry

Le burlesque est, pour moi, l’expression de la féminité et la célébration de tous les corps féminins. C’est un moyen d’expression artistique et sensuel qui raconte une histoire, soit celle de la performeuse, soit sur un sujet choisi. Il existe plusieurs types de burlesques mais comme son nom l’indique il y a toujours une part de satyre dans les performances et une très grosse part d’acting grotesque (Dirty Martini). Cependant il existe aussi du burlesque que j’appelle « figuratif » et qui est une simple célébration de la beauté par un tease glamour exposant de fabuleux costumes. Le plus probant exemple étant Dita Von Tease.
En conclusion le Burlesque est ouvert à toutes et à tous (Boylesque) afin de s’exprimer par la création de shows glamour et satiriques.

Le burlesque a été quelque chose que j’ai découvert sur le tard et qui m’a enchanté. Je pense que la première chose que l’on remarque dans le burlesque sont les incroyables costumes, à l’instar des costumes cabaret.
Le burlesque pour moi est donc une manière de sublimer la beauté, toute la beauté d’où qu’elle vienne et de se sentir bien dans sa peau tout en proposant un spectacle de qualité certes basé sur l’effeuillage mais pas que. C’est un fabuleux moyen de se faire une opinion, une idée de manière artistique et intelligente.

Danseuse classique de formation avec de solides bases de modern jazz et contemporain, j’ai littéralement passé ma vie à danser jusqu’à l’âge de 16 ans où malheureusement je me suis blessée ce qui a mis fin à ma carrière naissante.
Suite à cet arrêt brutal, j’ai eu une sorte de rage intérieure pour l’art de danser et je n’ai pas pratiqué la danse durant les 10 ans qui ont suivi l’incident.
Puis au cours d’un de mes voyages en Australie j’ai eu la chance de rencontrer des artistes qui m’ont fait redécouvrir le milieu de la danse mais sous une autre forme : le cabaret et le burlesque.
Dans cette expression de la danse et de la comédie je me suis retrouvée moi-même, et ma passion est peu à peu revenue pour finalement reprendre le dessus sur tout autre chose et me replonger toute entière dans cette passion dont j’ai fait mon métier.
Il m’a fallu deux ans pour récupérer une forme physique suffisante pour présenter des shows que j’espère de qualité, où j’use énormément de technique de danse classique.
Le Burlesque et le cabaret a donc été pour moi le déclencheur d’une nouvelle vie basée sur l’ancienne mais avec beaucoup plus de liberté.

Il faut savoir que lors de numéros Burlesques rien ne se passe jamais comme prévu !
Que ce soit un problème de costume, un problème de scène, un problème de musique, je ne crois pas avoir jamais fait un show sans rencontrer un imprévu et c’est ce qui fait toute la beauté et la spontanéité du Burlesque car nous devons toujours improviser sur scène suite à cela.
C’est ainsi qu’un jour lors de mon acte « French can-can » revisité, j’ai à moitié arraché le rideau de scène car celle-ci était très petite et mon talon c’est accroché au moment de la roue !
A ce jour, le Rideau s’en est remis et a pu reprendre le travail.

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Crédit photo : Yves Branger

Octobre rose

Chaque année depuis 1985, « Octobre rose » vise à sensibiliser au dépistage du cancer du sein et à récolter des fonds pour la recherche.
Nous avons recueilli les photos et les propos de Guylaine Chapuzet, Mei-Li et Violaine Cornuz qui se mobilisent à cette occasion autour d’un shooting réalisé par Euphoria Art studio.

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Crédit photo : Euphoria Art studio

 

Guylaine Chapuzet

J’ai 53 ans. Je suis enseignante à la retraite ; retraite anticipée prise pour m’occuper de ma petite dernière qui a maintenant 14 ans. J’ai eu 4 enfants. Je travaille maintenant pour une agence de garde d’enfants à domicile.

Suite à l’annonce postée par le photographe que je connaissais déjà personnellement, je me suis portée volontaire pour ce shooting parce que je soutiens à fond cette cause. Énormément de femmes sont touchées par le cancer du sein, et même certains hommes dont mon père (beaucoup ne le savent pas mais ça touche aussi des hommes).
Je connais pas mal de femmes qui ont été touchées aussi par cette maladie.

Il y a beaucoup d’information faite autour de cette maladie maintenant. Le public y est de plus en plus sensibilisé.
Malgré tout, certaines femmes n’y ont peut-être pas encore vraiment accès ou ne mesurent pas l’importance du dépistage.

Je voudrais dire à toutes les femmes de prendre très au sérieux le dépistage du cancer du sein, de se faire suivre très régulièrement. Un cancer pris à temps peut se soigner.

Enfin je voudrais adresser un mot d’encouragement à toutes les femmes déjà touchées par la maladie. On peut s’en sortir, il y a une vie après un cancer du sein. J’admire celles qui ont à se battre contre la maladie, elles sont très courageuses.

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Mei-Li

Modèle depuis 2009, j’ai 39 ans et je vis à Bordeaux.

Cette séance est dans le but de soutenir les femmes pour la lutte contre le cancer du sein.

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L’information concernant cette maladie n’est pas un sujet tabou et nous devons toutes prendre conscience que cela peut arriver à chacun.

Ne baissez jamais les bras, ensemble nous pouvons nous soutenir pour combattre cette maladie.

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Violaine Cornuz

Octobre-rose-03Crédit photo : Euphoria Art studio

Octobre-rose-02Crédit photo : Euphoria Art studio

 

Un cancer du sein est une tumeur maligne (Amas de cellules cancéreuses) qui se développe au niveau du sein.

Il existe différents types de cancer du sein selon les cellules à partir desquelles ils se développent. Les cancers du sein les plus fréquents (95 %) sont des adénocarcinomes (Type de cancer qui se développe à partir des cellules d’une glande (sein, thyroïde, prostate, etc.), de son revêtement (ovaire) ou d’une muqueuse (estomac, côlon…)., qui se développent à partir des cellules épithéliales de la glande mammaire.

On distingue les cancers in situ et les cancers infiltrants (qui se rapporte à un cancer dont les cellules ont envahi les tissus voisins de la tumeur.) Il existe d’autres types rares de cancer du sein. Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme. Il représente plus du tiers de l’ensemble des nouveaux cas de cancer chez la femme.

Détecter tôt certains cancers, permet de les traiter mieux, c’est-à-dire de proposer des traitements moins lourds et avec plus de chance de guérison.

Le but du dépistage est d’essayer de détecter un cancer avant même qu’il ne se soit manifesté, par un signe comme une tuméfaction anormale, un trouble de fonctionnement du corps, une perte de poids…

Il permet d’identifier les personnes pour lesquelles des examens complémentaires sont nécessaires.

Le dépistage s’adresse donc à tout le monde, à partir d’un certain âge : cela concerne toutes les femmes entre 50 et 74 ans pour les cancers du sein, toutes les femmes entre 25 et 65 ans pour les cancers du col de l’utérus, les hommes et les femmes entre 50 et 74 ans pour les cancers du côlon et du rectum.

Octobre-rose-07Crédit photo : Euphoria Art studio

Le Nu artistique

Tantôt connoté tantôt controversé, le Nu est un thème qui laisse rarement indifférent : où se situe la limite entre l’art et le voyeurisme ? Si la société tranche en matière de censure, où en sommes-nous sur le plan artistique ?

La parole est aux photographes et aux modèles :

Marc Toulouse

Le nu artistique et une des formes de photographie que l’on regroupe sous un seul mot mais qui recouvre une infinité de style et d’expressions diverses. La nudité peut avoir des interprétations et des significations variées. Pour ma part, parmi toutes les pratiques de la photo, celle qui concerne le nu est probablement (je me répète pour moi) l’une des plus exigeantes.

Je suis photographe de portrait et je pense qu’une bonne photo c’est quand l’histoire d’une personne vous saute aux yeux à travers le regard. Pour le nu, je pense que c’est pareil, c’est la plénitude des courbes, la sensualité affirmée, les formes des lignes mises en valeur par l’alternance des ombres et des lumières.

Je n’ai pas choisi de faire du nu artistique, et je n’en fait pratiquement pas, au préalable j’ai besoin de penser ma photo, de l’imaginer,  sur papier ou écran ce que cette photo va dégager. Ça arrive que des modèles aient une idée précise de ce qu’elles souhaitent, une fois je regardais un clip vidéo et sur un coup de batterie la chanteuse se dévoile nue dans une atmosphère de scène, une photo de 2 secondes que je trouve particulièrement brillante, cette photo je veux la faire ! Je prépare en amont cette photo, le décor, l’éclairage pour essayer de m’en rapprocher le plus possible et avoir au final cette photo que j’aime beaucoup.

Au fil des shootings mes nus peuvent être différents, glamour, sexy, provocant ou une mise en scène, mais en aucun cas de vulgarité, c’est toute la subtilité d’un beau nu.

Marc Toulouse Crédit photo : Marc Toulouse

 

Lou Savage

Le nu, pour moi, est quelque chose de pur, de simple, de naturel… un corps pris de façon artistique est pour moi la plus belle chose qui soit. Le nu est devenu dans notre société un des plus grand sujet tabous… nous avons tous (nous les modèles de nu) souffert de la censure et des blocages incessants sur les réseaux sociaux… ne pouvant pas partager l’art qu’apporte le nu en photo… pourtant selon moi ça ne devrait pas nous faire peur ou nous rendre nerveux ; c’est la pureté, la légèreté, la douceur, un corps nu pris dans un contexte neutre ou artistique. L’art du nu devrait être beaucoup plus présent et nous devrions ouvrir nos esprits pour y voir la beauté et non la connotation sexuelle que certains pointent du doigt. Le nu est pour moi encore plus beau chez la femme. J’achète quelques livres de photographies de nu : j’adore et c’est inspirant. Le nu c’est à la fois pour moi sculptural et voluptueux, doux et secret, avec une pointe de pudeur. J’adore les nus cachés aussi où l’on imagine la forme des parties intimes comme la poitrine ou le pubis. Pour moi, l’imagination est le point fort de l’art et du nu pudique et doux.

J’ai choisi de faire du nu artistique, car depuis longtemps et comme beaucoup de femmes à cause de notre société je suis très complexée. Le nu était pour moi à la fois une épreuve, une étape, un challenge et une libération. Je suis plutôt pulpeuse et dans notre société la femme pulpeuse a du mal à trouver sa place et être considérée comme jolie ou apte à poser de cette façon en photo car ventre apparent, cuisses larges, et j’en passe, alors que oui les formes et la volupté en nu est splendide ! Donc étant en plus catégorisée de ronde je me suis dit pourquoi pas essayer de communiquer avec la perception que j’ai de mon corps et essayer d’entamer une thérapie par le nu. Je voulais vraiment sauter le pas et je ne regrette pas, je dirais même que je me sens plus à l’aise nue en photo qu’habillée !

Les shooting de nu m’ont extrêmement ouvert l’esprit vis-à-vis du nu. Quand on t’élève en te disant « surtout ne te montre jamais nue !! Sacrilège » tu as forcément des appréhensions et tu penses que ce que tu fais est scandaleux ou de mauvais goût ou vulgaire, que tu vas passer pour une « chaude » une femme légère… mais au final quand tu entres dedans et que tu commences à poser, que tu vois le résultat tu ne vois pas tout ça. Tu vois juste un corps au naturel, nu, et ça c’est tout l’inverse de ce que nous inculque la société !

Des anecdotes, j’en ai sûrement plein, mais après 9 ans de shooting il s’est passé beaucoup de choses ! Je sais que régulièrement ce qui me fait rire c’est que pendant le shooting je pose nu mais ensuite je regarde les photos sur l’appareil avec le photographe et ont rigole tout naturellement alors que je suis littéralement nue côté, mais c’est ce qui est génial ! Les photographes qui ont l’habitude du nu (je ne parle pas de pervers prétextant vouloir du nu pour reluquer) ne jugent pas et eux aussi ils ne voient même plus que nous sommes nus ! Ils voient une modèle sympathique et j’agis comme si j’étais habillée ! C’est très agréable ce lâché prise sur la peur de se montrer nu à ce moment là !

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Crédit photo : Christian Leducq

 

Kristof photographie

Je vois le nu artistique comme le meilleur moyen de pousser les modèles à utiliser leur corps comme moyen d’expression. Sans vêtement, avec peu d’artifices, les modèles doivent pousser au paroxysme leurs mouvements, leurs positions, leurs regards.

J’ai souhaité faire du nu car j’aime tout envisager en photo. Ayant fait du paysage, de la macro, de la voie lactée, du portrait, l’évolution vers le nu était à un moment ou un autre inévitable. Ce n’est donc pas un choix volontaire, mais plus une envie de tout essayer en photo, tout voir.

Ma perception de la nudité a clairement évolué : avant d’avoir fait du nu, j’avais comme beaucoup de gens des a priori, des idées sur comment pouvait se passer un tel shooting, comment un homme pouvait prendre en photo une femme, sans autre intention que d’immortaliser un moment. Je ne voyais pas bien comment cela était possible. Eh bien, ma perception a changée dans les 10 premières minutes de mon premier shooting. J’ai découvert, une autre façon de travailler, de parler aux modèles, de les accompagner, tout cela dans le respect, et j’ai pris goût à cette autre forme d’art photographique qui comme je l’indiquais plus haut pousse les photographes et les modèles à donner leur maximum pour faire ressentir des émotions, pour faire du beau à l’aide des courbes naturelles des corps.

Pour anecdote, j’ai en souvenir, une bonne rigolade avec une modèle avec qui j’avais fait une séance lingerie en pleine ville et qui à chaque fois que nous essayions de faire une photo sortait d’un recoin pour me rejoindre et devait aussitôt y retourner car il y a avait du monde qui arrivait. Il nous a fallu presque 30 minutes pour une seule photo !

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Crédit photo : Kristof photographie

 

Lucy Earwen

C’est difficile de donner une définition du « nu artistique ».
C’est vrai, après tout, quelle est la différence entre le nu classique et celui dit artistique ?
Pour ma part, je dirais que le côté artistique intervient dès lors qu’il y a une émotion, ou une tentative de transmettre quelque chose. Lorsqu’il y a une ambiance, un style bien précis. Tout est dans la façon de poser du modèle aussi. Les poses qui sortent un peu de l’ordinaire peuvent de suite donner un côté plus artistique à une photographie également.

J’ai commencé la photographie en faisant des autoportraits nue afin de me réapproprier mon image et remonter mon estime personnelle. Le nu, de façon générale, était pour moi la meilleure façon de me redonner confiance car c’est vraiment tel que nous avons été faits, dans notre état naturel, sans artifices.
Ensuite il y a eu la photographie avec les photographes mais c’était la même démarche. Alors au début on pose nue, mais il n’y a rien d’artistique, ça arrive dans des lieux dénués de sens, où le fait d’être nue ne se justifie pas. La recherche artistique vient après, avec la maturité dans le milieu photographique, et les rencontres qui nous font grandir vers d’autres horizons.

Est-ce que ces shootings ont fait évolué ma perception de la nudité ? Oui et non.
Non dans le sens où je suis de nature ouverte d’esprit, je n’ai rien contre la nudité, elle ne me choque pas. Je trouve ça beau un corps nu, c’est plein de sincérité et d’authenticité.
Je dirais oui dans le sens où personnellement, la perception de ma propre nudité a évolué. J’ai envie de davantage me servir de cette nudité pour transmettre des émotions, dénoncer certaines choses.

J’aimerais beaucoup partager mon expérience récente de nu artistique, avec un talentueux photographe que j’apprécie beaucoup : monsieur Lionel Pesqué. La séance avec ce photographe ne s’est pas déroulée comme celles dont j’ai l’habitude. Beaucoup de discussions, de tout et de rien pour commencer, puis naturellement on s’avance vers des sujets plus personnels (pourquoi la photo, comment, mes débuts…). Vient le moment où l’on se confie vraiment, sans aucune honte ni crainte d’être jugée. Et finalement je trouve cette démarche plus que pertinente. Le photographe s’apprête à prendre des clichés d’une vraie personne, pas d’une plante. Le fait de la connaître un minimum permet de photographier qui est réellement cette personne au fond d’elle.

Bien sûr il faut avoir une certaine confiance pour se livrer autant, et je n’ai pas eu de difficultés pour cela. J’avais choisi de poser nue car justement j’ai commencé ainsi en solo, et je voulais voir avec un photographe si talentueux ce que le résultat pourrait donner. Pas seulement en termes de clichés, mais aussi ce que cela m’apporterait au niveau personnel. Car le but était surtout de capturer Lucie sur les photos, et non le modèle.

Je n’ai pas été déçue, sans doute la meilleure séance de toute ma vie. Ce qu’il m’a apporté est bien au-delà de mes espérances, c’est indescriptible. Beaucoup d’émotions ce jour-là, et des photos vraiment belles, qui me correspondent. C’est en cela que je considère cette expérience comme du nu artistique.

P5280351Crédit photo : Lionel Pesqué

 

Behes

Ma conception du nu artistique ? Je ne sais pas très bien ce qu’est le « nu artistique », est-il défini par une charte ? Par des « maîtres » ? Montrer une femme nue est-ce du nu artistique et à quel moment on bascule vers du nu érotique ou du porno ? Le « nu artistique » aujourd’hui ne serait-il pas le « nu académique » du début de la photo ?
Ou bien le « nu artistique » ne serait-il pas le cache-sexe honorable pour montrer « des femmes à poil » ?
Je fais des photos de femmes nues, oui.
Je ne crois pas répondre, ou alors que très rarement, à l’esthétique vue, revue et rabâchée sur les cimaises, les revues de photographes, les sites ou pages facebook, cette esthétique qu’on nomme assez communément « nu artistique ».
En fait, c’est le corps qui m’intéresse…, le corps dans sa franchise, sans artifice, le corps « brut de décoffrage ». Le trouble que cela peut provoquer, l’intensité supplémentaire donnée à d’un décor, surtout la nature en ce qui me concerne. Voire, le scandale de la nudité ; à ce sujet, il m’est arrivé de photographier des femmes qui ne « répondaient » pas aux critères de la beauté « admise » – ceux de notre époque en occident, c’est-à-dire des critères non universels – et d’en faire une exposition qui
m’a attiré un nombre incroyable de remarques et surtout de la part de femmes me disant : « mais on ne peut pas montrer ça » ? Pourquoi : « parce que c’est moche » ?
Ou encore en matière de scandale, même encore de nos jours, photographier une femme nue, en vile.
Je n’invente rien en photographie, mon esthétique est forcément imprégnée de ce que j’ai pu voir ailleurs mais je ne m’attache pas non plus à refaire les lumières que tout le monde fait, à demander les mêmes poses « qui passent bien ». J’ai mes propres images, peut-être mes propres fantasmes ?
Et à la beauté de la nature matérielle, j’aime bien ajouter la beauté charnelle.

Je n’ai pas choisi de faire du nu… j’ai fait beaucoup de la photo de rue dite « humaniste », Jusqu’au jour où j’ai « dépanné » une amie de ma fille qui avait besoin de photos pour son école de théâtre.
Et, après quelques dizaines de photos de portrait, en pieds, de profil, de face, avec ou sans chapeau, etc. elle s’est déshabillée ! C’est ainsi que j’ai commencé et le « bonus » à cette anecdote, c’est que ni elle ni moi n’avions l’expérience de la situation, bon, elle était comédienne, ça nous a aidé ! C’est d’ailleurs parce que j’ai appris « sur le tas » le nu, dans cette circonstance particulière, que je reste marqué dans ma
démarche.
Sinon, ce que j’apprécie depuis, c’est la relation humaine forte faite d’une grande part de confiance, sans doute d’un chouia de séduction et, comme l’interpréterait sans doute un psy lacanien aussi d’un zeste d’exhibition d’une part et de voyeurisme de l’autre.
Mais, bien sûr, et là je suis très banal, la beauté et, au-delà, le mystère du corps de la femme.

Les shootings n’ont pas fait évoluer ma perception du nu. Par contre, ils m’ont aidé à me renforcer dans des démarches non conventionnelles et je rage très souvent quand on me dit qu’enfin j’ai fait une « belle » photo, parce que ce n’est pas forcément ce que je voulais faire et parce que ça veut dire qu’elle est consensuelle et qu’elle ressemble à des centaines d’autres.

Sur le plan de la confiance en soi, l’amie de ma fille que j’ai cité plus haut qui s’est déshabillée sans que ce soit prévu et qui m’a « offert » ainsi mon premier shooting de nu, a décroché un rôle suite à cette expérience : pendant une audition, elle a joué le rôle nue (alors que ce n’était pas demandé), le metteur en scène a apprécié cette audace et l’a engagée.

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Crédit photo : Behes

 

Da-Focus

Ma vision du nu artistique est assez simple. Il faut mettre en valeur le corps.

Ceci étant dit, il y a beaucoup d’autres aspects à prendre en considération car sublimer un corps quand on est photographe est une tâche bien plus difficile qu’il n’y paraît.

De nos jours, nous sommes envahis par des photos de nu qui n’apportent absolument rien à personne hormis les photographes libidineux, les modèles en manque de reconnaissance et les voyeurs derrière leurs écrans.

Le nu est galvaudé. C’est devenu n’importe quoi ! Nous sommes très loin de la conception de la photographie de nu et de l’art en général. Beaucoup trop de photographes font du nu par besoin de reconnaissance facile, principalement sur les réseaux sociaux. Et c’est très dommage car cette pratique se cantonne trop souvent à prendre en photo une femme en lingerie ou nue sans aucune recherche artistique. Et très souvent avec une vulgarité affligeante ! Avec une composition inexistante et une lumière d’une pauvreté incroyable.

Mais cette situation est digne de Don Quichotte qui se bat contre des moulins à vent.

Pour ma part, j’ai toujours essayé de travailler ma lumière de façon très précise, en fonction de la composition que je mets en place avec les modèles. Rien n’est laissé au hasard. Il n’y a pas de chance dans ce processus, juste du travail et de l’exigence. Il m’arrive de passer 2 ou 3 heures en studio pour ne sortir qu’une ou deux photos.

Grâce à ma formation artistique classique, le nu à fait partie de mon apprentissage. Il était normal pour moi d’explorer cette pratique en photographie.

J’ai commencé le nu artistique en 2014. J’ai tout de suite compris que le lien entre le corps et la lumière était infini et que cette exploration serait longue, complexe et très enrichissante.

De plus j’ai un lien au corps assez compliqué puisque j’ai du mal avec le mien. De fait, travailler sur le corps est devenu également une forme de thérapie je pense. Je travaille d’ailleurs en ce moment sur une série sur mon propre corps. À suivre…

Mon travail sur le nu n’a pas changé ma perception de la nudité mais a affiné ma vision du corps. Comme je dis très souvent en formation, mon but n’est pas de photographier une personne nue mais de photographier un corps nu. La différence est de taille. Je ne cherche pas à photographier des gens mais bien des corps, avec leurs courbes, leurs tensions, leur grain de peau etc. C’est pour cela que vous ne verrais (presque) jamais de visages dans mon travail sur le nu.

J’ai bien sûr plusieurs anecdotes à partager. J’en retiens cependant une qui m’a touchée tout particulièrement.

C’était lors d’une séance de nu en clair obscur avec une cliente. Cette femme venait pour se réapproprier son image après deux grossesses et un cancer. Elle était très motivée de passer devant mon objectif car sa démarche était très personnelle, mais elle avait également, et c’est tout à fait normal, une grande appréhension.

Je l’installe donc dans le studio après avoir discuté une bonne heure de son projet et nous commençons la séance par quelques clichés assez basiques. Au fil des minutes, la confiance s’installe et le travail commence vraiment.

J’ai pour habitude, quand je fais ce type de photos pour des clients de leur montrer quelques photos durant la séance. Je m’approche donc d’elle en lui tendant mon boitier afin qu’elle voit une des photos que nous venions de prendre. Elle regarde l’écran puis elle me regarde, une larme à l’œil et me dit « Mais c’est moi ça !? »

Je savais qu’à partir de là, son but était atteint et mon travail était fait.

IMG_3369Crédit photo : Da-Focus

 

Alixia Busch

J’ai commencé à poser à 4 ans pour mon père ; il faisait un peu de pointillisme et j’ai posé nue avec le chat, il avait une grosse tête, j’avais ma tête à côté du chat, et à chaque peinture il y avait quelque chose qui se délitait un peu parce qu’il y avait de moins en moins de points et ça devenait de plus en plus aérien. C’était très très beau, finalement il n’y avait presque plus personne. Au bout de la quatrième peinture, tout était vaporeux : c’est comme si la petite fille et le chat n’avaient laissé que leurs yeux et un peu de leurs poils, de leurs cheveux, il n’y avait plus rien.

Je suis aussi tombé sur des dictionnaires que j’aimais beaucoup, des livres d’art en russe, en français ou en allemand, mais qui racontaient finalement tous la même chose : la beauté du l’art, la beauté du corps, la beauté du geste.

Tout cela a contribué à ma vocation artistique.

Le nu est l’expression la plus simple de soi : on n’a pas besoin de s’habiller, de porter des choses ostentatoires. On est. Tout simplement. On incarne quelqu’un, quelque chose, et c’est uniquement dans notre expression, dans notre façon de vivre le corps dans la plus grande simplicité, que l’on existe. Et je trouve ça merveilleux, qu’avec très peu de choses, on puisse créer de très grandes choses : on peut faire beaucoup avec peu.

J’aime beaucoup l’exploration urbaine (l’urbex) : investir des lieux qui sont abandonnés où l’on se met en scène, dans des lieux qui ont été détruits, par le temps ou par des casseurs, et on essaie de leur redonner un cachet, de transmettre une certaine poésie et aussi de s’imprégner de ce qui reste de l’âge d’or de ces lieux.

Je fais aussi du nu en nature. C’est aussi quelque chose que je trouve très intéressant parce que l’on est face aux éléments, entre des arbres ou face à la mer par exemple. On est vraiment dans un environnement naturel en étant soi-même naturel.

C’est aussi intéressant de maîtriser la lumière, en studio, de proposer des choses éclectiques.

Depuis 15 ou 20 ans, je travaille avec les mêmes photographes : nous avons des projets ensemble et on sait ce que ça va donner. J’aime bien travailler aussi avec des personnes nouvelles bien sûr, mais il y a quelque chose de beaucoup plus approfondi avec les personnes avec qui je travaille depuis très longtemps. Il y a des lieux et des idées que l’on a testé. Et comme on se connaît par cœur, ça donne des choses magiques !

Certains travaux de peintres ou de photographes sont aujourd’hui controversés parce qu’on pense qu’il y a un malaise à représenter la nudité de personnes qui sont pré-ados, en adolescence ou légèrement post-ados, non majeurs mais étant pubères donc quasiment adultes. C’est très moderne comme façon de revisiter les œuvres. Il y a effectivement eu des procès envers des gens qui ont commis des abus et cela est terrible, c’est condamnable, évidemment. Mais faire de l’art avec des personnes dont le corps change, des personnes qui sont en transition entre l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte, c’est aussi célébrer un moment, célébrer la jeunesse. Il n’y a rien de mal à ça quand les intentions sont artistiques.

Pour un artiste, les normes ou les codifications ne sont pas nécessairement les mêmes que celles fixées par les médias ou les réseaux sociaux.

Pour ma part, je ne suis pas uniquement modèle de charme, je suis modèle vivant avant tout. C’est aussi une manière de militer pour la liberté du corps ; la liberté d’expression, la liberté de penser, la liberté de faire les choses.

Il y a une vraie différence entre le nu artistique et la pornographie ou l’érotisme. Un sein, par exemple, n’est pas qu’un objet de désir, c’est aussi un objet de nourriture pour allaiter un enfant.

Chacun peut avoir son approche du nu : une approche masturbatoire, une approche esthétique ou les deux. C’est un choix. Si des gens préfèrent aller voir des poses érotiques que des poses artistiques, c’est leur problème, pas le nôtre.

Mais beaucoup de gens aujourd’hui, parce qu’ils n’ont plus l’habitude d’avoir une incursion de l’érotique dans le quotidien sont obligés de se tourner vers la pornographie. N’oublions pas que dans les films d’il y a 20 ou 10 ans, il y avait encore des scènes érotiques explicites dans des films qui étaient tout à fait mainstream. Aujourd’hui, les scènes érotiques ont quasiment disparues, et pour trouver de l’érotisme, on est obligés d’aller clairement dans la pornographie. Le problème de la pornographie d’aujourd’hui est que les gestes sont mécaniques, circonscrits dans un événement qui se veut purement pornographique, et il n’y a pas d’interpénétration du quotidien là-dedans donc on est dans quelque chose de clos, et surtout c’est quelque chose qui est représenté comme étant un interdit.

Durant ces dernières années, il y a eu une révolution sexuelle, et justement la libération de la femme, la libération du plaisir pour tous, la libération grâce à la contraception, et tout cela est remis en question par de nouveaux moralistes.

Il y a une grande majorité de modèles féminins à l’heure actuelle. Les hommes sont peu nombreux parce que l’art chrétien n’est plus autant à la mode qu’à l’époque. On avait beaucoup d’hommes qui posaient pour des martyrs, pour des figures allégoriques… Toute cette iconographie chrétienne n’est plus demandée. Et aujourd’hui, il y a de moins en moins de nus en peinture ou en sculpture parce que ça se vend moins depuis l’arrivée de l’art conceptuel (de l’art qui n’utilise plus de nu ou de figuratif). Heureusement la photographie continue de marcher, mais les hommes sont maintenant plus rares.

Les buts de la photo de nu peuvent être multiples : faire rêver, susciter un certain érotisme, créer une ambiance ou bien mettre en avant une certaine représentation du corps et de soi-même.

Le nu est une expression : aucun corps n’est incompatible.

Ce qui confère une dimension artistique selon moi est la recherche, la volonté d’être artistique quand on pose, la volonté de montrer le sujet de manière artistique et non pas grotesque ou commerciale.

185020190224120260Crédit photo : Glenn Ulrici

Emmanuelle photographies

Le corps humain, féminin de surcroît, est de toute beauté, peu importe les morphologies.

À mes yeux, le Nu artistique représente à lui seul une multitude d’expressions corporelles. Le langage du corps, sans qu’aucun mot ne soit prononcé est si parlant que nul artifice n’est nécessaire. Un corps à nu ne triche pas. Ma conception du Nu artistique, c’est une histoire vivante d’un corps à découvert, figé à jamais sur les photos.

J’en fais très rarement maintenant. C’était avant tout pour moi un challenge avec moi-même. En tant que femme, modèle mais aussi photographe. Pas comme une thérapie ou une éventuelle réconciliation avec mon corps comme beaucoup de modèles mais j’ai commencé le nu en autoportrait avant de me dénuder pour d’autres photographes. Je m’entraînais sur moi-même pour pouvoir ensuite demander la même chose à d’autres modèles.

La nudité pour beaucoup est quelque chose de tabou. Alors que c’est naturel. On naît nus, on se douche nus, certains vivent nus… J’ai mis longtemps à accepter ma propre nudité avant de faire des photos.

Le Nu artistique demande beaucoup de soi. Pas qu’une simple mise à nue corporelle mais intellectuelle également. Il faut baisser quelques barrières pour se sentir à l’aise avec la nudité photographique. Gêne, complexes, pudeur, regard des autres, jugements parfois reçus, il faut affronter tout ça car nous n’avons plus aucune protection pour se cacher.

Si il est facile de se dénuder pour aller prendre une douche, il existe chez certaines personnes (dont j’ai fait partie pendant longtemps) des réticences à le faire pour quelqu’un qu’on ne connaît pas. Le fait de m’être shootée avant à, je pense, contribué à faciliter mon aisance pour mon 1er shooting nu pour un autre.

J’ai plusieurs anecdotes sur le sujet, bien sûr. Lors de shootings en extérieur. Un joggeur dans une forêt qui a risqué un torticolis ou alors ces jeunes scouts qui passaient en dessous de la falaise d’où je me trouvais perchée. Ils étaient trop loin et moi trop haute pour qu’ils me voient. En général, ce sont sont les autres qui sont gênés. Moi, ça me fait sourire même si je me dépêche de me couvrir pour ne pas leur « infliger » ça plus longtemps.

IMG_6328Crédit photo : Emmanuelle photographies

 

Fairy Decadence

Selon moi, le nu artistique doit donner une émotion et ne doit pas ressembler à un nu banal. Il doit apporter ce petit quelques chose en plus par rapport à des séances photos mode, streetwear, ect. où il y a des tenues, accessoires, etc. On doit refaire ressortir une émotion avec le moins d’artifices possible.

Je n’ai pas choisi réellement de faire du nu artistique dans mes séances lol c’est la modèle Tina Von Nekro qui me l’a demandé car on est sur la même longueur d’ondes et qu’on se complète toujours dans nos séances photos. Comme je fais beaucoup de séances lingerie, le nu était l’étape logique.  Comme je lui ai dit, si je fais du nu il faut que ça sorte de l’ordinaire. C’est pour ça que quand je fais des séances de nu, je mêle souvent l’univers fantasy, fetish ou retro dans les séances photos. Il me faut un univers à traiter et à faire évoluer, une histoire à raconter.

Etant styliste avant de devenir photographe, le corps était déjà un de mes outils pour la création de tenue. Pour moi le nu fait partie de nous. C’est notre corps, c’est naturel même si j’essaie toujours de donner à mes photos un coté onirique ou mode. Après, j’ai remarqué que j’ai de plus en plus de femmes qui souhaitent poser pour moi soit en lingerie ou nu, sûrement parce que je suis une femme et que je ne porterais aucun jugement sur leur corps. Je vois ça comme un « outil » qu’on peut modeler pour créer un univers.

Une anecdote ? non lol peut-être la première séance de nu avec Tina von Nekro dans les bois en plein automne… je n’arrêtais pas de me dire que si il y a des cueilleurs de champignons dans la forêt, il risquait de tomber sur les fesses de Tina dans les fougères lol.

IMG_9879Crédit photo : Fairy Decadence

 

Marcel Caprini

Le nu féminin me correspond davantage que le nu artistique employé plus fréquemment !

Je voue à la FEMME un profond RESPECT, une PASSION voire une ADMIRATION sans borne… C’est pour ELLE que la photo m’habite ! C’est un choix malgré moi !

Je l’idéalise et je la place sur un piédestal car sa beauté est à nulle autre pareille à tel point que tenter de l’expliquer serait vain car cette beauté est quasi indescriptible… la FEMME est un Chef-d’Oeuvre que je vénère. Ses formes et ses courbes sont des Oeuvres d’Art… les plus belles en ce bas monde !!!

J’aime à dire que sa BEAUTE dépasse l’entendement et dans mon esprit elle l’emporte sur TOUT !

A ce sujet juste une petite anecdote que je ne peux oublier : en effet j’avais participé à un concours photo portant sur le nu féminin lancé par un magazine en ligne et à ma grande surprise j’ai été le grand gagnant de ce concours avec la photo ci-dessous… J’avais le pied à l’étrier et depuis difficile voire impossible de m’arrêter…

108R-BUZZCrédit photo : Marcel Caprini

 

Tancrède Szekely

Je n’ai pas de véritable « conception » à l’égard du « nu artistique »,  je n’ai d’ailleurs pas l’impression d’évoluer dans cette classification picturale. Certes mes images sont fortement imprégnées d’érotisme, mais peut-on, pour autant parler de véritable nu artistique ?

Les modèles sont, d’ailleurs, rarement totalement dénudées, sur mes clichés. J’utilise davantage les corps féminins comme éléments tranchants dans des décors ou ambiances sombres, ou bien comme vecteurs destinés à faire passer messages et émotions.

Mes images sont conçues comme des toiles, de par ce fait, le corps est un élément intégré à l’ensemble d’une vision… Et non une nudité exposée dans le seul but de montrer de jolies courbes. Certes, je tente de sublimer les femmes qui passent devant mon objectif, cependant, je n’attends pas seulement d’elles, qu’elles posent… mais aussi et surtout qu’elles jouent des rôles, qu’elles transmettent des sensations, bref qu’elles soient comédiennes et authentiques, dans toute l’impudeur que cela comporte. Pour en revenir au propos initial, le « nu artistique », tel qu’il est généralement perçu, ne m’intéresse guère.

J’ai toujours été fasciné par la beauté du corps féminin et lorsque j’ai abandonné la B.D. pour me consacrer à la photographie, je voulais lui rendre hommage, sans l’avilir en l’utilisant uniquement comme un simple objet de fantasmes. Je tente , dans mes créations, de donner un rôle d’héroïne, à la Femme, qu’elle soit perçue comme une déesse et non comme un « bout de viande », même si je mets en avant l’érotisme et le charme…  Je n’ai point véritablement choisi de produire ce type d’images, cela c’est tout naturellement imposé…

Je ne crois pas que des images telles que celles-là fassent évoluer les perceptions ou les mentalités, c’est davantage aux personnes qu’il est tenu d’évoluer, afin de mieux percevoir la nudité. Cesser de concevoir qu’un corps nu, dévoilé sur un cliché est une chose impie et tabou. Mais, je doute que cela est proche de se passer, au regard de la censure qui ne cesse de croître et de l’hégémonie grandissante de FB…

On me pose régulièrement la même question… et quand je dis « on », cela émane essentiellement de la gente masculine. Cette question est la suivante : « Cela ne te trouble pas, ne t’excite pas de voir ces superbes femmes se déshabiller devant toi ? »… Et souvent, ma réponse étonne, lorsque je dis que je ne vois pas réellement leur corps, que je ne les regarde pas comme des objets, mais comment des élément à part entière, d’une image que je cherche à créer…

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Crédit photo : Tancrède Szekely

 

Christophe Castillo

Dans ma perception, c’est un échange humain… au delà du résultat, si la photo est bonne c’est qu’il y a eu une « rencontre ». C’est une connexion avec l’autre et une sorte d’acte d’amour.

Pourquoi ai-je choisi de faire du nu artistique ? C’est un cheminement qui m’est propre et qui m’appartient. J’ai commencé à l’âge de 14 ans à photographier des arbres tronçonnés et des légumes pourris… En définitive, je photographiais la mort… aujourd’hui, j’ai choisi de photographier la vie. Et capter par le biais de mon objectif des femmes est pour moi un moyen de comprendre une forme d’abstraction qui me surprend à chaque instant.

Ces shootings ont bien sûr fait évolué ma perception de la nudité ! Heureusement d’ailleurs ! J’avais le regard d’un homme envers une femme, celui qui les aime profondément dans toutes leurs dimensions et leurs failles… Aujourd’hui, je ne me considère plus comme un photographe de nu artistique mais comme un portraitiste… ce que je recherche c’est de découvrir ce qu’il y a derrière les « masques » que nous portons tous… À quel moment, sommes-nous en vérité ?

Sur tous les modèles que j’ai rencontré, c’est un cri qu’elles poussent… Au delà de ce qu’elles donnent lors de performances qui peuvent être considérées comme étant fortement impudiques… derrière se cache une réserve incroyable. Est-ce un moyen finalement très astucieux de cacher qui elles sont réellement ?

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Crédit photo : Christophe Castillo

 

Let_Tattoo

Pour moi, le nu artistique est un art, une représentation de la beauté du corps humain que tout le monde devrait apprécier, car on né tous nu ! C’est la beauté du corps, féminin ou masculin. Mais aussi une manière de faire des images fortes, des messages forts dans certains lieux, avec certaines postures. Le nu artistique est important je trouve dans le travail du modèle, comme du photographe je pense, car il permet de s’appréhender, de mieux se connaître et de ne pas avoir peur de soi même, dépasser des barrières.
Le nu me permet de prendre confiance en moi, en mon corps qui, pour moi, n’est pas parfait mais aussi parce que j’ai du mal à me dire que c’est mon corps. J’ai besoin de me réapproprier mon propre corps, par le tatouage et par la photo. Ça m’a permis de grandir, d’avancer, de m’assumer, d’être fière de moi et de l’image que je renvoie au reste du monde.
Ma perception de la nudité a un peu évolué avec les shootings. Je n’ai jamais vécu nue chez mes parents, cela ne fait pas partie de nos mœurs. Alors le fait de me mettre nue devant un inconnu pour faire des photos, ça oblige à se dépasser. Après tout, un cul reste un cul. Et d’après Jean-Pierre Marielle, un cul c’est magnifique ! Alors autant l’assumer. Combien de peintres ont immortalisé sur toile des femmes nues car la femme nue est d’une beauté sans pareil.
Parfois, une photo prise au bon moment plaît et convainc beaucoup de gens. C’est le cas d’une de mes photos backstage d’un shoot nu : elle a reçu beaucoup de likes et c’est là où on voit que personne n’est parfait, même bien doté par la nature !
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Crédit photo : Fredo Clermont
La Chambre Noire

Ma conception du nu artistique est assez simple : essayer de mettre en valeur la sensualité du modèle, quelque soit sa beauté apparente, sans vulgarité mais avec simplicité et naturel !

Je suis venu progressivement à ce thème : après avoir fait pas mal de portrait dans différents styles (classique, mode, beauté, lifestyle…), puis avoir dérivé ensuite vers le glamour, j’ai eu naturellement envie de m’essayer à ce qui me semble, encore aujourd’hui, l’exercice le plus difficile, le plus exigeant et celui qui offre le plus de possibilités. Il faut savoir mettre le modèle en confiance encore plus que dans tout autre style de photos, tout en respectant sa pudeur et ses limites, être rapide dans ses réglages et ses décisions, en plus des habituelles qualités propres aux photographes (maitrise de la lumière, du cadrage, …). Aujourd’hui, c’est clairement le style de photos qui m’intéresse le plus, celui où le défi est le plus grand, donc le plus motivant !

Ce travail a probablement fait évolué ma perception de la nudité, mais je ne saurais pas dire exactement comment ! Peut-être que ces séances m’ont appris à davantage mettre en valeur la personnalité des modèles même si je pense que j’ai toujours été attentif sur ce point.

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Crédit photo : La Chambre Noire
Pierre Diaz

Pour moi le nu artistique va vers deux pratiques distinctes :
– La première est de prendre des photos comme à mon habitude, mais sans vêtement, plus pour normaliser la nudité que pour choquer/exciter, afin de raconter quelque chose.
– La deuxième est d’aller à l’inverse, de produire des photos habillées/nues dans un but sincère d’excitation.

La sincérité dans le nu est primordiale pour moi, car c’est souvent un terme qu’on emploie à tort et à travers.

Faire des photos de nu « artistique » subjectif ou non n’en fait pas de l’art. Ce n’est pas parce que tu dis « nu artistique » que c’est un gage de qualité. L’art va se trouver dans la composition, la lumière, les couleurs, gammes de gris, la volonté derrière. Aussi, dire d’une photo qu’elle est vulgaire, ne veut pas dire qu’elle est trop sexuelle ou porno ou autre, le sens littéraire de vulgaire c’est : banal.

D’une certaine manière, le « nu » c’est souvent juste du portrait sans vêtement. Les gens qui en parlent le plus ou qui ne font que ça de leur pratique photo ne sont pas sincères. Dire « je ne fais que du nu artistique » sous-couvert de « l’art » pour la beauté, revient souvent comme pour justifier qu’on ne sait rien faire d’autre et apparaît pour moi comme très limite.
Après, qu’on aime ou veuille prendre des corps nus, en soit il n’y a aucun mal à ça et le faire dans le respect est primordial.

Le nu qui me plaît se trouve plus dans du Jean-Loup Sieff, du Ren Hang, Olivier Valsecchi, Spencer Tunick, Lucien Clergue et j’en passe : il est plus vivant et plus porté par une envie de découvrir. Je pense que aujourd’hui on se cantonne à un nu fade sous-couvert de « l’art ». Alors que les photographes qui assument faire du nu pour provoquer le désir, la libido, l’excitation, pour moi ces photographes-là sont d’une certaine manière plus sincères, sans forcément être meilleurs.

Les shootings ont sûrement fait évolué ma vision de la nudité, dans le fait de m’aider à la banaliser. Avant, il y avait un petit sentiment de gêne de prendre en photo une personne sans vêtement, maintenant je n’y pense même plus et évolue plus précisément ou délicatement dans ce style.

Je crois que l’anecdote qui me fait encore rire aujourd’hui c’est quand je suis allé shooter un set d’érotique, la tête du propriétaire des lieux m’a fait rire quand après avoir demandé quelles photos nous allions faire, j’ai dis ouvertement prendre une nana à poil dans des poses subjectives et à sa pudeur de ne pas vouloir savoir plus en clôturant la question d’un « oh… ».

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Crédit photo : Pierre Diaz

 

Ziart-bobo

Pour moi la conception du nu artistique c’est le symbole de la liberté des corps ou des êtres. C’est mettre en avant les formes, la féminité ; faire ressortir la beauté, se libérer des complexes.

J’ai choisi de faire du nu tout bêtement grâce à mon ex-amie qui est modèle. Elle en fait de temps en temps, et on s’est vraiment éclaté.

Pour ce qui est de la perception de la nudité, je pense que ça m’a ouvert les yeux en quelque sorte, car depuis je pose de temps en temps en nu caché en urbex.

Le premier shoot que j’ai fait en nu est devenu ma princesse, certes pour un an et demi, mais que du bonheur.

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Crédit photo : Ziart-bobo

 

Medusa MA

Le nu artistique comme son nom l’identique est beau et peut être une réelle œuvre d’art. Le nu est la liberté d’expression du corps et ce qu’il représente, chacun le perçoit différemment mais n’oublie jamais que c’est le symbole de l’Homme au naturel.

Au départ, je n’étais pas à l’aise nue, maintenant c’est l’inverse. Le nu ne ment pas, une personne nue est une personne vulnérable et sans défense face au monde. J’aime représenter la simplicité à travers les photos jusqu’à pousser dans le style plus sexy. Etant complexée, seul le nu me rend à l’aise.

J’étais comme la majorité des filles, avant de me lancer, à critiquer les femmes qui posaient nues, à dire qu’elle n’avait pas de pudeur etc. Je regrette mes propos car maintenant je comprends pourquoi. Je vois le nu différemment, je vois ça comme quelque chose de beau et naturel et j’essaie de transmettre ma vision à travers mes photos.

Petite anecdote lors d’un shooting érotique : les effets gouttes d’eau c’est plus sympa quand il y en a partout mais le brumisateur sur les parties intimes ce n’est pas agréable. En tout cas, c’était assez drôle !

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Crédit photo : Titchia photographe

 

Samuel Cornillet

Lorsque l’on me passe une commande en photo de mode, je ne peux pas faire abstraction du fait que les images vont servir à faire la promotion de vêtements, ou de sous-vêtements, donc je valorise à la fois le mannequin et les vêtements. La photo professionnelle de mode et de lingerie, c’est de la photographie publicitaire. En photo de nu, exit la valorisation des vêtements !

Donc je dirais que ma conception du nu artistique réside dans l’importance que je donne à la personne que je photographie, et de plus, avec cette finalité : donner à admirer le corps comme une œuvre d’art plutôt qu’un objet de désir.

Je me suis interrogé sur le fait de réaliser des photographies de nu ou non, mais j’ai accepté car d’un point de vue artistique, le corps dénudé, à mon sens, est un sujet suffisamment intéressant en soit. Il n’est pas nécessaire de le parer de belles matières ou de bijoux pour en faire un sujet à part entière.  A la fois, le corps humain est quelque chose de tout-à-fait banal pour un humain, mais en même temps, comme tout le monde en possède un, ce thème revêt un caractère universel donc potentiellement intéressant à traiter.

Dans mon approche, je photographie la personne nue exactement comme si je photographiais une sculpture. Il y a évidemment une interaction en plus avec une personne, mais mon regard est le même, et ça, la personne qui pose le ressent très bien ce qui lui permet de se sentir à l’aise dès sa première expérience de nu avec moi.

A mes débuts je ne séparais peut-être pas aussi nettement le « contenu » (la personne) et le « contenant » (le corps). En parallèle de mon évolution personnelle, mes productions photographiques ont probablement contribué à construire ma vision actuelle du corps que je considère plutôt comme un véhicule.

Je diffuse actuellement mon dernier sujet de nu artistique sur ce site :
www.sensuelles.eu

J’ai mené ce projet en m’imposant des contraintes inhabituelles pour moi : pas d’utilisation de belles lumières studio, pas de beaux vêtements, pas de belles coiffures élaborées, pas de beaux maquillages et pas de décors créés sur-mesure. Je n’ai pas non plus utilisé mon appareil Hasselblad habituel, mais un reflex plein format avec trois focales fixes, donc du matériel accessible. D’autre part, parmi les modèles qui ont posé, certaines n’avaient que très peu voire pas d’expérience de nu.

L’observation que l’on peut en faire, c’est que le nu artistique est peut-être plus abordable qu’on ne le pense. Alors, qui peut se lancer dans le nu artistique ? et bien… pourquoi pas vous ?

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Crédit photo : Samuel Cornillet

Les faux-tographes

Bien présents dans le milieu de la photographie et pourtant très très indésirables, les faux-tographes font souvent grincer des dents… à juste titre !

La parole est aux modèles :

Mei-Li

J’ai rencontré de très bons photographes mais aussi des faux-tographes. Comment les discerner ? Ce n’est pas toujours simple évidemment.

En premier, vous avez celui qui vous proposera une séance lingerie. Puis en discutant un peu plus longtemps ce même photographe vous dira « pourquoi pas du nu » (soit disant « artistique »), puis il amènera par la suite dans la conversation le thème pornart !

En deuxième, vous vous déplacez en-dehors de votre région pour effectuer une séance photo : le photographe semble sérieux, la séance et les photos sont effectuées pour un thème mode ou décalé par exemple. Puis après plusieurs mois sans nouvelles et sans photo, vous vous apercevrez qu’au final il vous parle beaucoup de sa vie de célibat, de libertinage et qu’en fait la séance ne l’intéressait pas vraiment mais qu’il avait toute autre chose en tête.

Et enfin en troisième, vous avez celui qui vous proposera une séance professionnelle pornographique avec un appareil photo type smartphone (celui-là c’est la cerise sur le gâteau !).

Pour toutes les modèles : n’hésitez pas à présenter un contrat bien formulé et aussi n’hésitez pas à discuter longtemps avec la personne avant toute séance photo. Etre modèle est pour beaucoup une passion et malheureusement après avoir vécu ce genre d’aventures certaines ne s’en remettent pas et abandonnent.

Mei-Li

Crédit photo : Still Pics

Lou Savage

Pour ce qui est du monde de la photo, il faut toujours rester vigilant envers les personnes qui nous contactent pour la première fois. Je trouve que cela ne va pas en s’arrangeant : il y a des faux-tographes partout.

On les reconnait vite car souvent ils parlent d’argent et de façon alléchante finissent par demander des clichés pris avec le téléphone de nous nude… ou demandent absolument de venir seule au shooting. Bien entendu, ils n’ont souvent pas de book à présenter. Leur but est simple. Ce sont, je dirais, des prédateurs à la recherche de jeunes demoiselles pour les mettre dans leurs lits et en abuser. Du moins pour ma part, c’est seulement ce genre d’individu qui me contacte.

Je n’ai jamais eu de cas en shooting car je prends grand soin de sélectionner mes collaborations. Par contre, je me fais souvent harceler par message privé je suis donc obligée de bloquer ces gens.

Lou Savage

Crédit photo : Alexandre Boissinot

Enthea

Vous avez tous entendu parler de « Faux-tographes », avec en première ligne, ce jeu de mot plus ou moins (plus moins que plus…) bien trouvé, pour les séparer des « vrais-tographes ». Les photographes, quoi.
Celles (ceux ? Peut être…) qui ont eu affaire à ces individus savent qu’ils ne sont en rien photographes. Et en ça, leur en attribuer le statut, même juste sur un malentendu oral, c’est déjà leur prêter ce qu’ils ne méritent pas.
Personnellement, ce terme m’agace beaucoup. J’utilise plus simplement et justement « connards ».
Exemple d’utilisation quotidienne :
« _ Hey, salut ! Ça fait longtemps, quoi de neuf ?
_ Oh rien de très intéressant, ce matin j’ai mangé une pomme, et puis je suis allée rencontrer un mec qui disait vouloir me prendre en photo. Il a tenté de m’intimider, puis il m’a fait des compliments salaces qui m’ont mise mal à l’aise (il ne l’a pas remarqué parce qu’il était trop occupé à bander), et quand j’étais en train de poser à demie-nue, en plus de mater sans aucun respect, il a touché mon corps sans me demander la permission. C’était un vrai connard, je lui ai envoyé un AR de mes rotules dans les couilles, et je me suis barrée.
_ Oh, désolée pour toi… T’as bien fait. On va se faire un ciné pour oublier ? ».

Ça fait 10 ans que je pose, j’ai eu le temps de voir pas mal de photographes différents. C’était beaucoup de bonheur, et quand même… Quelques désastres. Et les bons, ceux avec qui on repart pleine de supers souvenirs, ceux que l’on veut revoir, à qui l’on recommande nos amies, etc. J’aurais mille anecdotes à vous raconter sur ces moments géniaux que l’on peut partager, ces rencontres, l’honnêteté des personnes avec lesquelles ont a créé plus qu’une image, mais des souvenirs extrêmement forts. Ce sont eux, les Photographes. Et je ne parle pas de qualité picturale, mais de démarche. Ce sont eux qui, si, tous ne peuvent pas être aussi géniaux, se sont au moins abstenus de commenter notre physique en croyant qu’on avait envie de leur opinion, et que ça nous ferait plaisir de savoir si on est trop maigre ou trop grosse à leur goût. Pas assez de seins ? Un peu trop ? Ta gueule, en fait. Ce sont ceux qui ne se sont pas dit une seconde « mmmmmhh je vais me la faire contre le mur. Oh merde, le bouton de ma braguette va craquer ». (oui on sent ces choses là hein…) Ce sont ceux qui, naturellement font preuve de respect pour votre corps et votre besoin d’intimité, et qui à AUCUN MOMENT n’apportent leur sexualité dans le shooting.

Je suis également photographe, ce qui est assez intéressant pour parler du sujet avec une double vision de la situation.
En tant que photographe, on a parfois la nécessité d’avoir une action sur le corps du modèle (pour qu’il ou elle garde une pose géniale, mais en bougeant une mèche de cheveux, par exemple). Ce qui n’exclue en rien de DEMANDER si on peut le faire. Quelle que soit la proximité que tu penses avoir avec ton modèle. Il ou elle est devant toi, elle te fait confiance. TU TOUCHES PAS si il n’y a pas de consentement clair et oral. Et si tu vois qu’il y a de la gène, et bien tu fais autrement. C’est simple, on en a parlé 1000 fois, et pourtant il y a toujours du monde pour faire autrement. Pourquoi ? POURQUOI ?!

Oh et puis merde. On pourrait parler de la manière de demander à une femme de poser nu. On pourrait parler des conditions de shoot (endroit pour se changer, personne d’autre pour mater, lieux sécurisés), on pourrait parler du respect (pas de commentaire, même flatteur sur le physique des modèles ! Non mais quel est le fuck, dans votre tête ?) de la manière dont devraient se comporter ces Connards (c’est pas vulgaire, c’est un qualificatif).

Mais on ne va pas le faire. Si tu es un photographe et que tu as un doute sur le fait que tu sois suffisamment  réglo avec tes modèles, que tu te questionnes : c’est une bonne chose, merci pour elles. Je te laisse te renseigner sur tout ce qui est respectueux à faire et ne pas faire.
Si tu es un connard : On te retrouvera. A la Fight Club. Tu sais, la scène avec la paire de ciseaux…

Quelques anecdotes des plus courantes :
Un jour, j’étais au téléphone avec une amie de longue date. Elle est superbe, et se fait régulièrement arrêter dans la rue pour poser. Sauf qu’elle est pas très bien rodée sur les Connards. Elle me racontait :
« Tu sais quand j’ai fait le premier shooting, j’étais pas très à l’aise avec moi-même, j’avais peur de ne rien rendre. Le photographe me montrait nos photos, il me disait que c’était super. Et pour me rassurer il a même dit « Regarde, je bande, c’est que tu fais bien ton travail ! »… C’est pas normal, non ? »

… Je sais même pas quoi dire. J’en bave encore de rage.  Mais j’aimerais beaucoup que les photographes qui lisent ceci comprennent ce que les modèles traversent. Et soient d’autant plus attentifs à leurs comportements. On a toutes vécu, et certaines bien plus que d’autres, des situations humiliantes, traumatisantes, violentes, dans des contextes pseudo-photographiques. Et revenir poser pour d’autres est une vraie preuve de confiance, qui, j’aimerais, soit gérée avec beaucoup de douceur et d’empathie de la part des photographes.

Une anecdote personnelle, qui date de mes premières années en tant que modèle. A l’époque, j’avais déjà fait du « porn-art » (bon, le terme « art » est discutable…) pendant deux-trois ans, et j’avais appris à faire respecter ce que je voulais de mon corps, ferme et méfiante, mais je restais une jeune femme timide, douce, et ne souhaitant pas le conflit. Ça se voyait CARREMENT sur ma tête. (Et ça ne justifie en rien d’avoir essayé d’abuser de ma gentillesse).
Bon, je pars en forêt avec un photographe que je connaissais déjà, pour un shooting de nu (je ne l’aurais jamais fait sans avoir déjà shooté avec la personne auparavant… Trop risqué à mon goût, à ce moment-là). Le shooting se passe bien, en fait je ne me souviens plus trop des détails, peut-être y a-t-il eu des indices qui auraient du m’alarmer ? Je vais voir (je suis nue évidemment) ce que rendent les photos sur le boîtier, puis je me retourne pour montrer un endroit au photographe (je lui tourne alors le dos) (tu la sens venir, l’embrouille ?…) « Oh regarde, là-bas ça pourrait être un super coin ! »
En guise de réponse ? Il s’approche tout près et me fait un bisou dans le cou !
Choquée. Malaise. Recul. Silence. Moi à poil dans la forêt face à quelqu’un qui vient de m’embrasser sans mon consentement, et quand je lui tournais le dos. Je lui faisais confiance. Il n’y a personne autour de nous. A toute vitesse dans ma tête : qu’est-ce qu’il risque de se passer d’autre ?! Je cours maintenant, ou je fais comme si tout était normal ? Je suis toujours à poil, et j’ai pas de chaussures. Je peux me défendre au besoin. Il n’y aura peut-être pas besoin. Il faut faire quelque chose maintenant.
Et je l’engueule. Et j’invoque une puissance protectrice : mon mec ! Et si il avait était là, hein, tu l’aurais fait ?!
Enfin… Je ne l’engueule pas vraiment. Je hurle dans ma tête. Je me souviens que je me suis forcée à restée calme et polie. Je m’en veux encore. Je suis quelqu’un qui essaie de contrôler ses réactions. Je ne fais d’esclandre que si je suis certaine que c’est légitime. J’ai douté de moi. A un moment, dans ma tête, j’ai cru que peut-être, j’allais abuser si je m’énervais. Que c’était pas si grave. Je vous JURE. Merci l’éducation patriarcale. Mais pourquoi, POURQUOI ? A quel moment il a mérité ce respect de ma part ?

Je m’en suis voulu  d’avoir tempéré mes émotions « pour ne pas faire d’esclandre » (et en même temps… Paye ta position de faiblesse à ce moment-là… On était venu avec sa voiture, et j’étais seule, à poil face à lui). Je m’en suis voulu d’avoir continué le shooting comme si rien ne s’était passé « parce que c’est fini et c’est pas si grave ». Je m’en suis voulu d’avoir parlé de mon mec, pour faire respecter mon corps, comme si ma propre existence ne suffisait pas. Il ne devrait pas y avoir besoin d’invoquer une puissance masculine protectrice.
Tout cela, ce n’est pas normal.
Et je me suis pardonnée. Avec du recul, ce n’est bien entendu pas à moi que je dois en vouloir, c’est à lui.
Aujourd’hui, loin d’avoir oublié, je suis encore plus en colère. Contre lui, et contre les autres.
Ma meilleure amie à été abusée par plusieurs gars, dont un très connu dans le milieu, qui profite de sa notoriété pour faire venir des modèles inexpérimentées et leur faire subir des choses anormales dans les shooting shibari.
Mais je vais vous raconter l’histoire (promis après j’arrête) d’un autre photographe, avec cette même amie qui, après l’avoir droguée (à son  insu), fait picoler (de son plein gré), et baisée (ça franchement…), l’a balancée dans  les rues de  Paris, à minuit. « Allez, il faut que tu partes maintenant ». Elle m’a appelé en pleurs (nous étions sur paris ensemble, à des shooting différents) parce qu’elle n’arrivait plus à se lever ni à bouger et qu’elle était dehors seule dans la rue. Elle avait peur. Elle n’avait plus moyen de s’orienter ni de se défendre.
J’étais avec un photographe, un vrai, à ce moment là. On a arrêté directement le shooting et il m’a accompagné (au cas où il y ait un souci et qu’il faille porter mon amie) dans Paris, pour la récupérer avant qu’il ne lui arrive quelque chose. Mission réussie (elle avait retrouvé sa mobilité), et il nous a laissé seulement quand nous étions en sécurité, pas loin de notre logement. Et pour ça, il aura toute ma reconnaissance. Merci. Tellement.

D’autres histoires comme ça, j’en ai trop pour faire un article… On en a toutes beaucoup trop, vous savez…

Alors pour clore cet article, j’ai une faveur à demander aux modèles. Pour les modèles. Il nous arrivera à toutes, de shooter avec des Connards, par erreur.  Mais pour que cela se produise de moins en moins, il est possible de faire plusieurs choses :
En parler. J’ai eu beaucoup de discussions avec des modèles, quand je leur proposais de dénoncer des abus collectifs, qui ne voulaient pas « pour leur réputation ». (En parlant de réputation… Vous êtes sûre que vous voulez avoir la réputation d’une nana dont on peut abuser sans qu’elle ne se défende ?!).
Et également un autre truc tout simple : n’utilisez pas les photos des personnes dangereuses. Même si ces photos sont superbes. Car c’est leur donner une visibilité dangereuse pour d’autres filles.

Restons ensemble. Protégeons-nous. Entre modèles mais aussi avec le soutien de nos camarades photographes, les vrais, ceux qui travaillent avec nous, ceux qui nous respectent. Pour faire disparaître le pouvoir et la notoriété de ceux qui abusent de notre intégrité physique et morale.

Je vous embrasse toutes.

Enthea

Crédit photo : N. De Bacchus

Lucy Earwen

J’ai vécu ma première mauvaise expérience il y a 1 an. A vrai dire, le mot « vécu » n’est pas vraiment adapté car en fait, tout s’est fait par messages.

C’était courant février, je reçois un message sur Instagram du compte photographe d’un monsieur dont j’admirais beaucoup le travail. Une amie à moi avait shooté avec lui, j’avais beaucoup aimé les photos donc j’étais plutôt contente qu’il me contacte. On discute du shooting, notamment d’où on pourrait le faire sachant qu’il venait de loin exprès. Je propose tout naturellement mon appartement pour éviter des frais supplémentaires. Il m’expose son projet, des photos pleines de sensualité, complètement nue, le corps plutôt tordu… Je connaissais et savais que j’en étais capable, rien de nouveau pour moi. Il continue en me disant explicitement cette fois qu’il aimerait que je me lâche lors de ce shoot, que j’en arrive clairement à me satisfaire avec mes mains, le but étant que les expressions corporelles soient vraies et non simulées afin d’atteindre les clichés qu’il souhaitait réaliser. J’ai d’ailleurs eu droit à quelques photos (brutes) de modèles qu’il avait réalisé comme exemple à ses dires. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à tiquer. Sur le principe, la sensualité/le nu d’accord, mais des choses plus érotisées voire pornos ne m’intéressaient pas donc je lui ai juste laissé entendre que je verrais d’abord comment la séance se passe pour le nu « classique » avant d’envisager quoi que ce soit d’autre. Quelques jours plus tard, je vois passer le signalement de ce photographe sur les groupes Facebook auxquels j’appartiens concernant les « Photographes à éviter ». Après de longues discussions avec la fille qui était en recherche de témoignages, je comprends que ce photographe use de la naïveté des modèles et de leur manque d’expérience pour leur faire accepter tout et n’importe quoi en matière de clichés. C’est grâce à elle et les autres filles victimes que j’ai pu échapper à cette mésaventure. J’ai annulé le shooting instantanément.

Avant toute collaboration ou projet photographique, je conseille vivement aux modèles (finalement, débutantes comme plus expérimentées), de se renseigner au maximum sur la personne qui va les prendre en photo. Ce n’est pas quelque chose d’anodin la photographie, encore moins de se retrouver nue devant un inconnu. Autant avoir le maximum d’infos bien en amont pour s’y préparer. Le mieux aussi étant, si possible, une rencontre au préalable dans un lieu public type terrasse de café pour déjà se faire une idée du personnage, discuter de vive voix du projet, et éventuellement dissiper toutes ses interrogations. C’est également conseillé je dirais de poser la question directement à des modèles ayant déjà posé pour ce photographe. Je l’ai fait à maintes reprises, et d’autres me demandent parfois aussi si tel ou tel est recommandable ou pas. Une modèle m’a d’ailleurs surnommée récemment sa « guide photo » car elle me demande souvent si ce monsieur avec qui j’ai shooté est correct ou non car il l’a contacté. Elle n’a eu que des bonnes expériences grâce à cela. J’ose espérer que d’autres nombreuses modèles agissent ainsi afin de se protéger au maximum.

Lucy Earwen

Crédit photo : Bernard Sengairac

Alixia Busch

Envisager la bonté, être magnanime en toutes circonstances.

Du problème du TFP ou pose contre CD en photographie :

Il est important d’avoir une copie des photos pour promouvoir son travail de modèle ainsi que le travail du photographe, nous savons très bien que les pages les plus visitées sont celles des modèles, par ce biais, elles font aussi la publicité des photographes.

Photographe et modèle sont tous deux gagnants à posséder les images.

Si le photographe ne défraye pas un minimum ou ne rémunère pas le modèle, c’est tout un métier et un savoir faire qui meurent, faute de moyens.
Pour vivre pleinement sa passion, il faut aussi qu’elle soit alimentée car tout coûte dans ce monde matériel, et le temps donné à l’image est un temps qui n’est pas utilisé à faire un autre métier alimentaire.
De plus, les modèles qui en font une vocation et un métier investissent pour la plupart en costumes et matériel, allant jusqu’à avoir leur propre studio professionnel.

Il faut y penser.

Même si souvent les modèles pro peuvent en vivre mieux que les photographes grâce au boom du numérique et du nombre d’amateurs qui par ce biais se sont improvisés photographes et ont réussi grâce à la simplicité des médias actuels (Photoshop, Gimp, les appareils photos toujours plus performants, voire les nouveaux Iphones).
Parallèlement le numérique a tué bon nombre de photographes « à l’ancienne » mais a permis aux modèles de vivre enfin de leur métier.
Je ne vous raconterais pas ce temps où l’on se trimballait avec des books énormes dans les cartables pour attendre un photographe qui ne venait même pas au rendez-vous, ou bien seulement pour nous dire :

– Ah, mais je ne rémunère pas les modèles, le matos, les pellicules et les produits sont trop chers… Je ne suis pas Jonvelle, vous comprenez ?

Ou bien :

– Si je vous donne cent franc, vous n’aurez pas les images pour votre book, vous comprenez ?

On a compris, et pendant des années, l’on a été aliénées de nos performances pour avoir trois miettes à manger sans pouvoir se faire un nom, faute d’images.
La plupart du temps, les photographes ne nous mentionnaient même pas quand ils exposaient.
Visages et corps de l’ombre,
Expressions d’immortelles
Rêvant mais à jamais muettes…

Mais voici que l’oeuvre au noir
Lentement libère
La douce clarté
La lumière
Crie l’immortelle
Sortant de son long sommeil

Ewig Edwig !
N’abandonne jamais !

J’arrête avec mon lyrisme à deux francs.

Grâce au boom du numérique, tous ces modèles de l’ombre ont enfin pu commencer à vivre leur passion et se faire connaître.
Comme j’ai eu la chance de ne pas finir aigrie malgré mon côté hypermnésique et vengeur, j’ai une pensée pour tous ces photographes du temps de l’argentique, des clients que j’ai profondément aimés, mon oncle qui m’a toujours donné un petit quelque chose et ce grand père rescapé des camps que je n’ai jamais connu, tous ces artistes que le numérique à flingués car ils étaient témoins d’une époque, tant rompus à leur art qu’un réapprentissage à la baisse leur paraissait absurde et abscons…

Donc aujourd’hui, nouvelle donne.

La crise, les amateurs qui continuent à rémunérer des modèles pour passer un moment ludique et oublier les pressions d’un travail aliénant et leurs soucis du quotidien toujours plus présents en ces temps troublés.

De plus en plus dur pour les artistes indépendants et cela ne va pas en s’améliorant…
Donner le meilleur, « faire » la photo de l’amateur qui souhaite une prestation parfaite « comme ce qu’il a vu dans les books ».
Mais ne pas pouvoir non plus poser pour ceux qui se disent professionnels (qui devraient en vivre, non ?) et demandent pourtant des collaborations en pose contre CD…

Alors quand le photographe qui demandait juste innocemment :

– Mais qu’est-ce que ça veut dire « pas de pose contre CD ? »

Ne soyez pas non plus interloqué si nous avons hélas l’habitude de personnes répondant ironiquement et par pure cruauté
« je ne comprends pas »
Voulant dire :
« mais vous devriez poser gratuitement, puisque c’est votre passion ! »
Chat échaudé craint l’eau froide et parfois, trop de remarques de la sorte font oublier la bonté et le simple échange de renseignements.

Ne pas être aigri, rester magnanime, compréhensif…

En espérant n’avoir froissé personne d’un côté comme de l’autre, c’est déjà un bon début.

Ne pas sortir de ses gonds ni entrer dans le jeu qui voudraient nous faire croire que nous sommes dans l’erreur.

Cette vertu permet, entre autres, de débusquer plus facilement les vrais niaiseux et autres trouble-fêtes qui en plus de vouloir avoir tout pour rien (et ce n’est pas là le problème, tout le monde tente sa chance et moi la première) se montrent injurieux quand ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent.
(Et je ne parle pas de ceux qui cherchent une petite amie par le biais des photos en insistant lourdement.)

Encore là, on peut leur expliquer la raison afin de les y ramener.
Car n’oublions pas que des quiproquos peuvent naître de la mécompréhension.

La personne réellement malveillante aura tôt fait de se révéler si après tout cet exposé, elle ressent encore de la haine à l’égard du modèle qui n’a pas voulu ou simplement pas pu, poser uniquement contre CD.

Alixia Busch

Crédit photo : Philip Conrad

Linda Ragot

Les faux-tographes, c’est un sujet qui est parlant pour beaucoup de modèles, malheureusement. En passant par les arnaques ou le harcèlement, cela peut être déstabilisant.

Pour ma part, j’ai en majeure partie rencontré de fausses demandes de collaborations, où l’on nous promet monts et merveilles et il se trouve que la personne derrière la demande n’est même pas photographe.

De plus, certains photographes peuvent profiter de leur statut pour vous harceler. Et, si vous n’êtes pas ouverte à leurs requêtes, ils vous menacent de publier certaines photos que vous préfériez garder pour vous. Puisque, la confiance et confidentialité est censée primer. D’ailleurs, on a déjà publié une photo à mon insu.

Ce sont ce genre d’expériences qui peuvent nous refroidir ou nous effrayer pour l’avenir.
Mes conseils seraient de toujours être accompagnée lors de vos séances photos, de poser vos limites et bien sûr, de vérifier les coordonnées du photographe en question. Et pourquoi pas, demander des retours d’expérience à d’autre modèles.
Linda Ragot
Crédit photo : JLD

 

Calapy Laety
Le fléau de l’air du numérique dans le monde artistique de la photographie a fait naître un certain nombre de personnages appelés « les Faux-tographes » qui sont tout particulièrement dans le secteur de la photographie avec Modèle.
La photographie est un art qui permet de faire passer des émotions, de pouvoir exprimer des pensées et des idées ou tout simplement figer un instant, quelles que soient les techniques, quel que soit le style. Pour la photographie avec modèle, le danger est de tomber sur ces fameux « Faux-tographes » qui utilisent ce nouvel air numérique, qui facilite l’accès à cet art et pouvoir se prétendre photographe afin d’atteindre via les réseaux sociaux, tel un site de rencontre, les modèles. Certains sont plus manipulateurs que d’autres. Lors de contacts virtuels, on peut en repérer quelques-uns par leurs écrits qui sont de suite très évocateurs dans leurs recherches : moins intéressés par l’art et la réalisation d’une séance photographique, mais plus sur l’intérêt qu’ils portent à la femme qu’est la modèle. Le refus catégorique sans raison artistique d’un accompagnement sur la séance photographique est annonciateur de ce genre de « Faux-tographe », qu’il soit amateur ou professionnel depuis des années, de ce fait, bien penser à annoncer que vous serez accompagnée de votre conjoint, même si cela n’est pas avéré, mais cela vous permettra de faire un premier tri. A savoir que cela n’est toujours pas suffisant pour tous les déceler, afin d’élargir vos chances de pas tomber sur ce genre de spécimen, vous pouvez encore faire des recherches via l’outil internet, sur le travail éventuel de cet artiste intéressé par votre profil artistique, s’il possède un book, un site.
Pour enrichir cet écrit sur les « Faux-tographe », que vous puissiez voir ce que peuvent réaliser ces personnes, voici quelques exemples : une personne me contacte sur ma messagerie instantanée messenger, en se présentant comme photographe dans une région ensoleillée, jusque-là tout va bien. Il passe par les compliments à mon égard sur ce que je dégage sur les photos, sur mon travail effectué avec mes différentes collaborations, il commence à être un peu plus familier et me propose d’aller faire les boutiques pour me payer des vêtements, de m’inviter à dîner et tout cela pour le plaisir, aucun lien avec la séance prévue. Celui-ci est assez soft, le suivant est plus intriguant : toujours le même scenario de prise de contact standard, puis on passe à l’organisation de la séance que je décide de bien vouloir réaliser avec ce photographe qui à l’air honnête et un travail qui me plaît, à ce moment-là l’étau se resserre, tout en étant de la collaboration, ledit photographe me propose de me payer le billet d’avion car nous sommes à une distance assez lointaine et le faire seule en voiture devient compliqué pour ma part. Il en vient à l’hébergement où à un moment donné me dit « par contre le souci, je ronfle la nuit quand je dors, j’espère que cela ne te dérange pas », après cette proposition de billet d’avion et de ronflement, je l’informe que je ne me déplacerai pas seule mais accompagnée de mon conjoint, bizarrement le comportement changea en un éclair… plus de nouvelles !!!
Afin de limiter le jour J de votre séance photographique, d’avoir de mauvaises surprises et d’avoir affaire à un « Faux-tographe » qui se rince l’œil voire davantage, restez le plus professionnel vous-même sur vos supports artistiques, informez que vous serez accompagnée de votre mari, compagnon, proche ou ami et que vos conversations restent typiquement et exclusivement en lien avec l’art photographique.
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Crédit photo : Ceril Aubert

 

Medusa MA
Je suis modèle photo depuis environ 2 ans. J’ai connu du monde durant ces années et j’ai malheureusement été confrontée à du harcèlement et quelques comportements désagréables envers moi.
Depuis le numérique, la photographie est accessible à tous et parfois à n’importe qui. Il existe énormément de faux-tographes, comment les reconnaître ?
Je conseille aux modèles de toujours vérifier le book d’un photographe. Si la qualité est moindre et que celui-ci fait des photos nus type vulgaire c’est à fuir. Pareil pour les photographes qui proposent des rémunérations, en général ils sont à éviter sauf dans un cadre professionnel.
Un photographe insistant sera également une mauvaise expérience pour vous, le harcèlement est un signal d’alerte pour éviter ce genre de spécimen.
Je n’ai jamais rencontré les photographes avec qui j’ai travaillé avant de faire une séance photo. Attention aussi à ceux qui proposent d’héberger également.
Ne jamais laisser un photographe vous toucher lorsque vous êtes en lingerie ou nu même si c’est pour replacer une bretelle, il n’a pas le droit d’avoir un contact physique avec son modèle sauf sur demande d’autorisation.
Malheureusement, parfois on ne peut pas savoir comment est le photographe avant d’avoir travaillé avec lui. Si vous n’êtes pas à l’aise pendant la séance, arrêtez de suite et soyez accompagnée.
Un jour, on en viendra à bout des ces photographes pervers et vicieux.
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Crédit photo : Titchia Photographe

 

Poursuivez votre lecture avec l’article intitulé Le « Fauxtographe » sur focale31 :
www.focale31.com/fauxtographe.php

PJ Garcia

Photographe de talent basé à Toulouse, PJ Garcia est sans cesse à la recherche de nouveaux visages pour enrichir son book et partager sa passion.

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Crédit photo : PJ Garcia

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Crédit photo : PJ Garcia

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Crédit photo : PJ Garcia

 

Book : http://www.picslfoto.book.fr
Facebook : http://www.facebook.com/PicsLfoto

Mei-Li

Modèle passionnée d’origine vietnamienne, Mei-Li est basée à Bordeaux. Elle pose depuis 2009 dans tous les styles : portrait, urbain, pin-up, lingerie ou nu artistique.

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Crédit photo : Euphoria Art

 

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Crédit photo : Euphoria Art

 

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Crédit photo : Euphoria Art

 

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Crédit photo : Euphoria Art

 

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Crédit photo : Euphoria Art

 

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Crédit photo : Euphoria Art

 

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Crédit photo : Geoffrey Pakiadès

 

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Crédit photo : Euphoria Art

 

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Crédit photo : Euphoria Art

 

Book : http://www.mei-li.book.fr
Facebook : http://www.facebook.com/Mei.Li.mod

Marie Alfgard

Modèle passionnée des univers médiéval/fantastique, Marie Alfgard est également ouverte à d’autres styles !

Une sensibilité artistique emplie de charisme, souvent proche de la féérie…

Melissa Duwez

Crédit photo : Melissa Duwez

 

Gregory Pictures

Crédit photo : Gregory Pictures

 

Audric Larose

Crédit photo : Audric Larose

 

AcupAinture

Crédit photo : AcupAinture

 

Olivier Parent

Crédit photo : Olivier Parent

 

David Faux

Crédit photo : David Faux

 

Nilakantha

Crédit photo : Nilakantha

 

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Crédit photo : Melissa Duwez

 

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Crédit photo : Gregory Pictures

 

Accalmia

Crédit photo : Accalmia

 

Book : http://www.alfgard.bookfoto.com
Facebook : http://www.facebook.com/Marie.Alfgard